BIFFF 2011 – Nuit du Fantastique

Amis du gore et du fantastique, voici, surtout pour ceux qui n’y étaient pas, le compte-rendu de la Nuit du Fantastique !

A notre arrivée vers 23h15, une longue file s’étendait déjà dans le grand hall du BIFFF, entre le bar et ses tables, le plateau de radio, l’exposition et le stand maquillage. Une file alors encore très disciplinée. Nous nous y sommes ajoutés, ne nous faisant aucune illusion sur l’issue de notre attente civilisée : du retard, un peu (beaucoup) d’énervement et, finalement, une horde de grands ados attardés, sortis d’on ne sait où, grillant toute la file et poussant des hurlements sauvages. Ce n’est finalement qu’aux environs d’1h du matin que les joyeusetés ont pu démarrer, avec un public un poil agacé par tant de nonchalance de la part des organisateurs même si, après tout, cela fait partie de l’ambiance. Mais de mémoire de BIFFFeur, rarement on aura attendu si longtemps pour pouvoir enfin s’asseoir.

Ce sentiment – celui de se sentir un peu couillon lorsqu’on a, naïvement, attendu des heures pour avoir une bonne place et qu’une bande de barbares, certes sympathiques, ruine toute cette attente en à peine deux minutes et ce, sous l’œil amusé et presque complice des membres du staff, ce sentiment est habituellement vite dissipé par une programmation délirante. Après une introduction parfaitement inutile et vite bâclée par un animateur (quelqu’un connaît son nom ?) qui, sentant l’impatience d’un public déjà éprouvé, a poussé la chansonnette (une tradition) vite fait avant de prendre la poudre d’escampette, nous avons eu droit à un court métrage belge sous forme de fausse bande-annonce hystérique accumulant tous les clichés du genre, avec une réplique récurrente : « She’s a slut ! » Une bonne entrée en matière

… qui fut suivie d’une série de films qui, sans être tous mauvais, n’avaient à peu près rien à faire là. D’abord, d’un point de vue très pratique, on se demande encore pourquoi les organisateurs n’ont choisi que des films très longs alors qu’ils savaient pertinemment (c’est tous les ans la même chose) qu’il y aurait du retard. Mais cela aurait été digestible si les films eux-mêmes avaient été dignes d’intérêt. Mother’s Day n’était clairement pas le bon plan pour démarrer cette Nuit. Sans être vraiment mauvais, le film, qui bénéficie d’un assez bon casting, reste au ras des pâquerettes avec des méchants à la psychologie malsaine, des victimes qui révèlent leur vraie nature (soit requin, soit teubé) dans l’adversité et un scénario prétexte. Pas de quoi être enthousiaste donc, mais pas de quoi perdre espoir non plus pour la suite.

Mention spéciale, au passage, à l’imitateur professionnel du fond de la salle qui a poussé un superbe cri de singe au moment où l’un des méchants prenait une posture un peu simiesque ; son intervention nous fait encore marrer aujourd’hui et nous lui décernons la palme de la Meilleure Intervention de la Nuit du Fantastique 2011. Quand au prix de la Pire Intervention, elle va au fou furieux qui n’a pas arrêté de crier « ALAAAAAAAAAIN » sans aucune raison, d’autant qu’il n’y avait aucun Alain pour lui répondre, semble-t-il.

Le deuxième film proposé était Bedevilled (lire notre chronique), un drame sud-coréen finissant en boucherie. Dit comme ça, ça ne donne pas trop envie, mais il s’agissait en réalité d’un assez bon film. Même s’il n’avait rien à faire là. Le bifffeur n’est pourtant pas un animal compliqué : qu’on lui donne du sang, de l’humour débile et du sexe, et il sera comblé ! Bedevilled est un film lent, qui propose une réflexion assez profonde. Or tout le monde sait que le bifffeur ne pense pas ! Au risque de nous répéter : qu’est-il passé par la tête des organisateurs ? Les sauvages du fond de la salle n’ont pas réussi à réveiller un public qui commençait, lentement, à se faire aspirer par son siège. Bref, au terme du deuxième film, pourtant assez bon, on commençait à se demander si on ne s’était pas trompé de jour. Et il était déjà 5 heures du matin

S’il y avait un espoir pour sauver la Nuit, c’était bien Keepsake. Loin de nous requinquer, hélas, le film nous a littéralement achevés. Présenté comme un torture porn (ah bon ?), il s’agit de l’histoire d’une jeune femme enfermée dans une cave au milieu de cadavres par un psychopathe sans personnalité et, surtout, muet. Ca, c’est pour faire court. Après, il y a tout un scénario totalement incompréhensible (je vous défie de trouver quelqu’un qui a compris quelque chose dans la salle) avec des rêves, des apparitions, de flashbacks, des trahisons et des retournements de situation. Bref, un bordel monstre où de mauvais acteurs tentent de reprendre leur respiration entre deux coulées de brasse dans une fange épaisse. Une pure daube, quoi. Et, il faut le souligner, toujours aucun élément de fantastique !

Après nous être infligés Keepsake jusqu’au bout, la force nous manquait pour entamer le dernier film, The Reef, qui ne s’annonçait pas beaucoup plus fendard que les autres (des gens qui se font bouffer par des requins dans la flotte, c’est un peu du déjà vu non ?). Le soleil était déjà assez haut dans le ciel alors qu’habituellement, on sort du dernier film à l’aube. Nous n’avons donc pas pu profiter du traditionnel petit déjeuner réconfortant, préférant abréger cette Nuit qui, vous l’aurez compris, aura rimé cette année pour nous avec déception.