1976, réalisé par Brian De Palma
Note : 8 / 10
Barème du gore
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Trouillomètre

Carrie devrait être en pleine fleur de l’âge, une jeune femme en devenir, le sein fier et les cheveux flottant au nez des garçons qui se découvrent du poil au menton en même temps qu’un intérêt pour les filles. Mais elle en est loin : éteinte par les prêches violents d’une mère fanatique et les moqueries cruelles de ses camarades de classe, elle rase les murs, la raie au milieu et les vêtements trop amples.
On ne pouvait pas faire climat moins épanouissant. L’arrivée de ses premières règles dans les douches communes fut donc logiquement un épisode traumatisant, d’autant que ses « camarades » ne se sont pas privées pour se moquer d’elle et en faire leur tête de turc(que) numéro 1. A la maison, où elle aurait du trouver du réconfort, sa mère l’accuse d’avoir gravement péché, associant le sang de la puberté au Mal absolu, celui du péché originel.

Carrie est, en quelque sorte, la cristallisation du mal-être de tout adolescent, l’incarnation du dégoût de soi qui arrive avec le premier poil pubien (ou presque). Sa mère, qui représente quant à elle l’archaïsme religieux dans toute son aveugle splendeur, étant la cause de toutes les perturbations, de tous les maux de Carrie. Cette analyse schématique du film comme un tableau symboliste n’est pas nouvelle ; elle gagnerait à être approfondie, sans doute.
On remarquera que la critique virulente de Brian de Palma à l’égard de l’obscurantisme religieux, très osée (et très à la mode) à l’époque, n’est plus aujourd’hui d’une subversion renversante. Une analyse (trop) rapide ferait d’ailleurs penser que Carrie témoigne d’une époque de foi inébranlable dans le progrès et l’athéisme. Cependant, si l’attaque contre l’extrémisme religieux est indéniable, Carrie est loin d’être l’apologie du rationalisme. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler que l’auteur de l’oeuvre originale n’est autre que Stephen King.

Et pour qui a ne fut-ce que feuilleté du Stephen King, il est clair que l’étrange et le surnaturel font partie de son univers, mais aussi que jamais les éléments fantastiques ne sont renvoyés dans le domaine de l’hallucination ou du coup monté ; ils sont bien réels. D’autant plus réels, d’ailleurs, que les personnages sont souvent envahis par le doute et n’admettent la vérité que bien plus tard. Tout cela pour dire que King ne plaisante pas avec l’occultisme… pas plus qu’avec la télékinésie. Or Carrie possède ce pouvoir. Bref, avec Carrie, l’occasion était trop belle pour dégommer du fanatique tout en affirmant haut et fort que le fantastique, c’est cool.

Mais ce qui nous a semblé vraiment intéressant, nous jeunes « adulescents » du 21e siècle, c’est le rôle joué dans l’histoire par Tommy Ross, un beau gosse de l’école qui emmène Carrie au bal. Quel étrange personnage ! Pendant tout le film, on se demande si ses intentions sont vraiment nobles ou s’il est de mèche avec les fomenteurs de l’ignoble piège qui pend au-dessus de la tête de Carrie comme l’épée de Damoclès… ou plutôt, en l’occurrence, comme un seau de sang de porc. Car non, Carrie ne pourra pas si facilement tirer un trait sur toutes ces années de persécutions. Malgré l’aide de Tommy, malgré qu’elle soit désormais bien habillée, malgré tout, elle n’échappera pas à son horrible destin, celui de tout envoyer au diable en déchaînant ses pouvoirs télékinétiques.

Si Carrie est un grand film, c’est aussi, bien sûr, grâce à Brian De Palma. Combien d’excellents livres de Stephen King ont d’ailleurs connu la disgrâce cinématographique ? De Palma expose ici tout son talent, en particulier avec un travelling d’introduction dans les douches à la fois dérangeant (par son côté voyeuriste) et superbe. Soulignons au passage l’excellent casting : la sibylline Sissy Spacek, dont peu se rappellent aujourd’hui alors qu’elle a tout de même eu une carrière oscarisée, était l’actrice idéale, parfaite même, pour Carrie. Piper Laurie signe quant à elle une excellente performance dans le rôle de sa mère terrifiante, bien que faible.