[Critique] Aztec Rex (Tyrannosaurus Azteca)

Et si Cortés, en débarquant sur les côtes du Mexique, n’avait pas rencontré que des Aztèques ? Et si, dans un épisode délibérément oublié des archives, il était tombé sur des créatures qu’on croyait disparues depuis des millions d’années comme… des tyrannosaures ? C’est de ce postulat étrange que part Aztec Rex, véritable OVNI cinématographique à base d’effets spéciaux décapants, de scènes d’action à couper le souffle et de postiches capillaires à vous faire tomber la moustache.

Année de production : 2007
Pays : Etats-Unis
Durée : 1h25

Réalisé par Brian Trenchard-Smith
Ecrit par Richard Manning
Avec Marc Antonio, Allen Gumapac, Dichen Lachman
Budget: $2,500,000

Un petit détachement de quelques Espagnols, avec à leur tête Cortés himself, part en éclaireur à l’intérieur des terres et tombe sur un village aztèque (c’est difficile à croire à première vue, mais puisqu’on vous le dit) en proie à une terrible malédiction : régulièrement, un cœur humain doit être donné en offrande au Grand Lézard. Par ce sacrifice, la bête est apaisée pour un certain temps. La survie du village en dépend. Vous aurez deviné qu’il s’agit du fameux tyrannosaure, une créature qui ferait pâlir Steven Spielberg… tant elle est mal réalisée. Qui pis est, l’animation de la bestiole est plus qu’approximative et notre ami préhistorique vacille sur ses quilles comme s’il venait de se siffler quinze flûtes. A ce stade, on se dit qu’il aurait mieux valu insérer un T-Rex en dessin animé, façon Peter et Elliott le Dragon. C’est vous dire.

Ce n’est pas le plus drôle : les décors et les costumes sont tout simplement tordants. Je ne sais pas qui a eu l’idée de construire un faux temple aztèque, mais c’était assurément une mauvaise idée : le monument tient plus du vaisseau spatial que du lieu de culte. Pour vous donner une idée, les marches d’accès sont coulées en un seul bloc de béton bien lisse et les pierres ont simplement été dessinées. Le tout est surmonté d’une sorte d’obélisque kitchissime aux reflets turquoise. Quant à la hutte du chef du village, c’est un trésor de mauvais goût : le « trône » est décoré de guirlandes de plumes aux couleurs fluorescentes (style « coiffe d’indien en plastique de carnaval ») et est précédé d’un tapis qui ressemble à celui que mon arrière-grand-mère avait dans sa salle de bains, avec des motifs floraux bleus sur fond blanc (authentiquement aztèque, d’ailleurs).

Mais ce qui nous a littéralement achevés, c’est l’exquise moumoute hirsute qu’arbore Ian Ziering (Cortès), véritable star du film, en guise de chevelure. Disons que la manière dont elle est posée manque cruellement de naturel et décrédibilise ce cher Cortés dès qu’il lui arrive de prendre la parole. Fou-rire garanti. On pourrait encore vous parler des gobelets aztèques, qui sont en fait des céramiques style « pot de fleur » décorées vite fait avec des motifs grossiers et des couleurs qui piquent aux yeux. Mais on ne va pas s’étendre outre mesure.

Parlons plutôt des personnages et des acteurs. Ian Ziering, on l’a dit, aurait pu être presque convaincant si on ne lui avait pas fait porter cette touffe improbable. Le fait que sa voix française soit celle d’Arthas dans Warcraft III (à chacun ses références) n’a rien arrangé à notre crise de zygomatiques. Rios (Marco Sanchez), le vrai héros de l’histoire, a la moustache beaucoup trop bien taillée pour être honnête. Un personnage très chiant à vrai dire, sorte d’incarnation démodée de la Justice et du Bien, qui refuse le corps d’Ayacoatl, la jolie fille du chef, qui vient pourtant se proposer à lui dans le plus simple appareil. Soit cet homme est surhumain, soit c’est un abruti. Je vote pour la deuxième option. Ladite Ayacoatl est campée par Dichen Lachman, qui pourrait concourir pour le prix de la plus mauvaise actrice (quand on a mal à la jambe, on boîte à chaque pas, pas seulement de temps en temps, non ?). Restent Gria (Jack McGee, un vétéran), prêtre joufflu qui a un fameux penchant pour l’alcool (classique mais efficace) et Xocozin, un prétendant au trône surexcité. Ce sont au final les deux personnages les plus convaincants. Kalani Queypo, qui incarne Xocozin, est d’ailleurs le genre d’acteur « à emploi » puisqu’on pouvait déjà le voir dans The New World (2005) et qu’il a fait des voix d’Age of Empires III, qui se déroule en Amérique, à l’époque de la colonisation.

Bref, tout baigne dans une ambiance involontairement caricaturale, ce qui ne manquera pas de vous faire poiler. Même les scènes vues et revues (et re-revues) dans tant d’autres films ne nous sont pas épargnées, mais ici elles prennent une saveur particulière dès lors qu’elles apparaissent entre deux courses-poursuites avec un dinosaure qui ne sait pas mettre un pied devant l’autre. On assiste par exemple à la mort héroïque de Mendoza, avec le bon Rios à son chevet qui lui dit que « tu ne dois pas tomber Mendoza, nous avons encore beaucoup de chemin à explorer toi et moi », alors que le type est éventré des couilles au menton et est en train de déverser ses tripes. Et Ayacoatl de conclure : « mes enfants et les enfants de mes enfants entendront parler de la bravoure de Mendoza », ce qui pourra paraître très cruel dans la mesure où le pauvre Mendoza n’a à peu près rien dit ou fait de tout le film.

Vous l’aurez compris, Aztec Rex est une petite perle de série B à savourer entre amis, ce qu’on pourrait appeler une « réussite involontaire. » C’est le genre de film qui aurait peut-être pu passer sur TF1 un dimanche après-midi s’il avait moins gore et un peu mieux fait. Bien sûr, passé l’effet de surprise des décors en papier crépon et des perruques en poil de yack, cela devient un peu ennuyeux dans la deuxième partie. Mais Aztec Rex vaut assurément le détour. Un bon moment de franche rigolade, garanti ou remboursé.

Pondération scientifique des rédacteurs

NOTE
7/10

BAREME DU GORE

TROUILLOMETRE

[+] Des coiffures décoiffantes
[+] Un tyrannosaure aux effets spéciaux préhistoriques
[+] Des personnages aux personnalités bien trempées
[+] Des décors enchanteurs
[+] Des scènes d’action à l’efficacité prouvée
[-] Un peu ennuyeux passé l’effet de surprise