[Critique] Bedevilled

Diffusé en deuxième place lors de la Nuit du Fantastique du BIFFF, Bedevilled illustre bien l’orientation très asiatique de l’édition 2011 du festival, ainsi qu’une tendance assez nette : la floraison du cinéma coréen et son succès auprès du public.

Année de production : 2010
Pays : Corée du Sud
Durée : 1h55

Réalisé par Chul-soo Yang
Ecrit par Kwang-young Choi
Avec Yeong-hie Seo, Seong-won Ji, Min-ho Hwang
Budget : environ 700 000 dollars
Titres : Bedevilled (international), Kim Bok-nam salinsageonui jeonmal (original), Blood Island (DVD)


Certains s’en sont réjouis, d’autres ont été quelque peu déçus : le BIFFF 2011 donne une place de choix au cinéma asiatique – c’est le moins qu’on puisse dire. Un 7ème art parfois radicalement différent de celui auquel on est habitué, productions américaines et européennes en tête. Mais quels qu’étaient les a priori des spectateurs du festival, Bedevilled semble avoir fait unanimité ou presque. L’histoire, assez tragique, s’autorise néanmoins une apothéose gorissime et un humour tout coréen qui n’a pas manqué de faire mouche auprès du public.

Ce second degré qui s’invite dans les situations dramatiques semble être une caractéristique du cinéma coréen (d’après notre faible expérience en la matière en tout cas), qui exploite sans hésiter le comique potentiel des scènes les plus graves, là où le cinéma à l’occidentale considère plutôt ces deux visions comme exclusives l’une de l’autre. On adore ou on déteste, mais cela ne laisse pas indifférent. Pour être tragique, l’histoire de Bedevilled l’est sûrement : on suit une jeune femme qui, fatiguée par le stress de Séoul, la capitale, décide de prendre quelques vacances sur l’île où elle a grandi. Elle y retrouvera Kim Bok-nam, son amie d’enfance, qui s’avère être le véritable personnage principal de cette histoire. D’un abord chaleureux et enjoué, Kim Bok-nam souffre en silence. Brimée et exploitée par ses grands-mères, violée par son beau-frère, trompée dans la chambre conjugale par son conjoint qui se rend en plus coupable d’attouchements sur sa fille, elle endure tout en espérant s’évader un jour, avec sa fille, vers Séoul. Jusqu’au jour où, après un terrible événement, tout bascule.

Film très engagé, Bedevilled n’en fait jamais trop et préfère jouer sur les non-dits et les électrochocs visuels, donnant au final une peinture toute en subtilité et atteignant même des sommets dans son dernier tiers avec un déchaînement de violence presque poétique. Visuellement, le film s’autorise quelques originalités, pour ne pas dire quelques excentricités. Cela paraîtra selon les moments et selon le spectateur tantôt un peu naïf, tantôt drôle, tantôt lyrique. Parfois, on se demande si l’effet était bien celui escompté.

Toujours est-il que Bedevilled constitue une expérience intéressante, sans avoir la densité et la clarté d’un chef-d’œuvre. Les dernières minutes du film, par exemple, nous ont semblé être de trop : trop de surenchère, trop d’intentions palpables. Certains critiqueront le côté caricatural des personnages qui entourent l’héroïne, véritables incarnations du Mal au quotidien. Mais si le trait est forcé, c’est parce que le réalisateur l’a voulu. Comment expliquer, sinon l’ambivalence du personnage de Hae-won qui, sans jamais faire directement de mal à personne, laisse, par sa passivité, le mal être fait ?

Pondération scientifique des rédacteurs

NOTE
7/10

BAREME DU GORE


TROUILLOMETRE
[+] Deux actrices principales excellentes
[+] Une très belle photo
[+] Un film engagé
[+] Un humour second degré très efficace
[-] Quelques acteurs pas à la hauteur
[-] Quelques scènes superflues
[-] Des personnages trop méchants pour être vrais