[Critique] Black Death

2010, réalisé par Christopher Smith
Note : 8 / 10
Barème du gore

Trouillomètre

Après l’angoissant Creep, le (parfois) rigolo Severance et le tarabiscoté Triangle, le Britannique Christopher Smith nous promettait cette année ce qui, selon lui, serait son meilleur film, répondant au doux nom de Black Death. Comme à chaque fois, le nouveau film de Smith est orienté horreur et explore un nouvel univers totalement différent de ses précédentes oeuvres. Cette fois-ci, fini le paint-ball horrifique dans les bois ou le thriller psychédélique marin, place au Moyen Age au moment de la fameuse Peste noire qui a ravagé l’Europe au 14ème siècle.

L’histoire de Black Death se déroule en 1348, en pleine période de la peste noire, ou peste bubonique. Pour rappel, cette épidémie venant d’Asie a touché le vieux continent plusieurs fois au cours de ce siècle et a décimé la population des grandes villes pour finalement réduire la démographie européenne de près de 50% ! Ce terrible fléau est directement retranscrit dans le film au travers de nombreux plans terrifiants où s’étendent les champs de cadavres que parcourent les médecins masqués de l’époque, bien démunis face à ce cataclysme sanitaire. Au milieu de ce chaos, les hommes de Dieu s’échinent à trouver des bouc-émissaires ; on confie des  expéditions punitives à des mercenaires de Dieu  afin de pourchasser dans les campagnes les soi-disant nécromanciens, sorcières ou démons.

Mais ce qui intéresse Ulrich (incarné par le formidable Sean Bean, Boromir dans le Seigneur des Anneaux) et ses hommes, c’est un petit village dans les marais de la forêt de Dunwich qui semble résister étrangement à l’épidémie grâce à des procédés de sorcellerie qui réveillent les morts. Mission pour lui et ses hommes : aller trancher et massacrer ces hérétiques au nom de l’évêque du coin, avec un matériel de torture à donner des frissons. Et c’est ainsi qu’ils rencontrent Osmund, jeune moine opportuniste et amoureux, qui, sous prétexte de leur servir de guide, ne cherche qu’à retrouver sa bien-aimée cachée dans la même région.

Black Death est, comme son nom l’indique, noir, très noir. Le film retranscrit parfaitement la folie de cette époque chaotique où plus personne ne savait à quel saint se vouer. La paranoïa ambiante de l’époque transpire sur tous les visages et ce n’est pas à la vue des ganglions pestiférés que de plus de plus d’hommes développent sous leurs aisselles que s’améliore le moral général. En plus de cette atmosphère suffocante, la photo du film et surtout le grain de l’image (surtout visible en Blu-ray) achèvent de couper le souffle du spectateur. Saisissant.

A travers cette quête punitive, menée d’une main de maître par un Sean Bean accompagné du prometteur Eddie Redmayne, Christopher Smith nous montre l’étendue de son talent et ses inspirations évidentes (Le Nom de la Rose entre autres). Il n’avait pas menti, c’est bel et bien son meilleur film, le plus sérieux, le plus glaçant, le plus jusqu’au-boutiste. Mais ce n’est pas encore le chef-d’œuvre escompté. Et oui, Black Death présente quelques défauts qui ternissent le tableau à notre plus grand désarroi. Outre une réalisation trop épileptique par moments, le film est un peu trop court (1h30) ; en ajoutant une bonne demi-heure, on aurait peut-être eu encore plus de profondeur et des relations entre personnages plus travaillées. A la fin du film et malgré quelques scènes vraiment frappantes, on reste un peu sur notre faim, non pas parce que le film ne plait pas, mais car on se rend compte qu’il aurait pu être une œuvre ultime, avec un zeste d’effort en plus.

Mais ne soyons pas trop tatillons, Black Death est à posséder absolument car il mérite plusieurs visions. On attendra donc avec impatience la suite de la carrière du talentueux Smith qui s’améliore de projet en projet et qui se fait une place de plus en plus grande à côté des valeurs sures du cinéma d’horreur.

L’avis de Jean : un voyage dans les marais du Doute qui rappelle l’excellent Sauna par plusieurs aspects, sans en atteindre la puissance visuelle mais avec ses qualités propres. Black Death est avant tout une évocation assez subtile de la pensée médiévale, pour laquelle la frontière entre le réel et l’imaginaire était sans doute plus floue qu’elle ne l’est pour nous. Le message passe d’autant mieux que le spectateur est lui-même floué sans s’en rendre compte.