[Critique] Blade

1998, réalisé par Stephen Norrington
Note : 5 / 10
Barème du gore

Trouillomètre

Film culte dans l’imaginaire collectif, Blade vaut-il vraiment le détour ? Ses douze ans d’âge l’ont-ils bonifié ? Empty Orbit tranche.

Basé sur un comic estampillé Marvel, Blade est un blockbuster qui a tout de la série B. Le film mêle allègrement action, vampires et gore et, avec son héros Noir, rappelle d’ailleurs encore vaguement la blaxploitation, même si cette époque était déjà révolue depuis longtemps. Blade, c’est donc le triomphe – tardif – des cinémas de genre auprès des masses.

Blade (Wesley Snipes), de son vrai nom Eric, est un hybride né d’une mère contaminée par le virus vampire juste avant d’accoucher. D’un point de vue physique, il a donc bénéficié des avantages des deux races sans leurs inconvénients (ou presque) : d’une force surhumaine, il est aussi ultra résistant (presque à l’épreuve des balles) et ne craint pas la lumière du jour. Revêtu d’une combinaison en kevlar et d’une longue cape noire, retranché derrière ses lunettes fétiches, il incarne avec son visage inexpressif toute la violence de la fin de siècle. Blade est le représentant d’un nouveau genre de superhéros qui renoncent à se placer dans le camp du bien ou du mal, et luttent moins pour une cause que pour remplir le calice vide de leur âme.

Bien sûr, Blade n’est pas seul, malgré sa nature solitaire : Whistler, un senior bourru mais sympathique, lui fournit les armes qui lui permettront de mener à bien la mission qu’il s’est fixée : foutre une raclée à Deacon Frost, un vampire né humain avide de pouvoir et de destruction. En chemin, Blade rencontrera Karen, une jolie hématologue décidée à mettre ses talents à profit. Car être un hybride n’a pas que des bons côtés. En effet Blade a hérité de la soif de sang quasi inextinguible des vampires. Et quand justement on en chasse, des vampires, ça la fout mal. Pour éteindre cette envie, il s’inflige des piqûres d’un sérum de moins en moins efficace… et seule Karen peut trouver un antidote.

Blade nous a fait constater que les premières images de synthèse ont hélas vieilli beaucoup plus rapidement que les effets spéciaux à l’ancienne. Le film a de ce point de vue pris un sacré coup de vieux, mais au fond c’est assez rigolo. De manière plus générale, l’esthétique puise dans de nombreux référents mais peine à se forger une identité propre. Il faut dire que Blade n’est pas le héros le plus attachant qui soit. Ce n’est pas tant son allure robotique et son air impassible que le manque de profondeur du personnage qui freine son adoption par le spectateur. Qui plus est, Wesley Snipes ne déploie pas d’immenses talents de jeu d’acteur, c’est le moins que l’on puisse dire. Il aurait fallu davantage de finesse pour exprimer la brutalité en même temps que la détresse de Blade ; Snipes en est resté au premier volet. Peut-être LL Cool J, d’abord pressenti pour le rôle, aurait-il mieux convenu.

Les scènes de combat, dignes d’un film de kung-fu, sont agréables mais, dans les moments d’accalmies, Blade est tout sauf convaincant. Ses rares prises de parole consistent en de courtes phrases censées être percutantes qui ne sont en fait que maladroites, si pas carrément risibles… à l’image du film : avec des idées on ne peut plus fun, Blade se prend trop au sérieux pour être regardé sérieusement. Honnête mais dispensable.