[Critique] Buried

La taphophobie (la peur d’être enterré vivant, pour les ignares) doit compter parmi les phobies les plus répandues dans la population, avec la peur des clowns et celle des milk-shakes au kiwi (d’après notre sondage réalisé auprès de 3 répondants). Et de fait, à moins d’être Uma Thurman dans Kill Bill, il est à peu près impossible de se sortir de pareille situation. Quoique…

Année de production : 2007
Pays : États-Unis, France, Espagne
Durée : 1h35

Réalisé par Rodrigo Cortés
Ecrit par Chris Sparling
Avec Ryan Reynolds, José Luis García Pérez, Robert Paterson
Budget: $3,000,000


Paul Conroy est un américain lambda ou presque. Sa particularité est qu’il travaille en Irak. Mais ce n’est ni un militaire, ni un diplomate, ni un garde-du-corps de diplomate. Paul est conducteur de camion. Son convoi est violemment arrêté par des « terroristes », après quoi il se réveille dans une boîte. Entre les deux, le trou noir. Paul se rend compte assez vite qu’il se trouve à quelques pieds sous terre et que son seul espoir de survie réside dans un téléphone portable (pas le sien) qui se trouvait justement dans la même boîte que lui. Dès lors, l’entièreté du film consistera en des appels désespérés de Paul pleins de pétages de plombs et d’incertitudes insupportables.

Sans vouloir jouer les cœurs de pierre, il faut dire que Paul est du genre agaçant. D’abord à cause de cette manie qu’il a de jouer les Caliméro alors qu’il est venu dans un des pays les plus dangereux du monde de son plein gré. On nous rétorquera que c’était pour nourrir sa famille, mais c’est tout de même un peu couillon ; il y a plein d’autres manières de gagner de l’argent. Écrire un best-seller par exemple. Mais je m’égare. Secundo, Paul a tendance à hausser un petit peu le ton dès qu’on essaye de l’aider, ce qui n’est pas très productif.

Plus sérieusement, ce qui nous a (un peu) tapé sur les nerfs, c’est ce parti pris de faire un film « concept » avec à peu près rien, puisque tout se déroule dans le cercueil de Paul, de la première à la dernière seconde. Pourquoi pas, a priori. Sauf qu’après quelques premières minutes de vrai stress pour le spectateur qui est, comme Paul, pendu à la voix qu’émet le téléphone, si proche et si lointaine à la fois, cela devient assez ennuyeux. Car passée cette entrée en matière efficace, on s’attend à une intrigue, des révélations, des rebondissements. Eh bien pas du tout. Paul est simplement balloté entre un officier qui lui promet qu’on le retrouvera et son ravisseur qui le prie de bien vouloir se couper le doigt, filmer le tout et l’uploader sur YouTube pour montrer que ce n’est pas de la rigolade. Tout cela ne valait certainement pas un long-métrage.

Quant à l’argument selon lequel il s’agirait d’un film génial parce « claustrophobique », vous pouvez l’oublier. Tout le monde est au moins un peu claustrophobe ; c’est dans la nature humaine. Le fait que Buried joue sur ce sentiment n’en fait pas, en soi, un bon film. L’élément réellement interpelant est plutôt la détresse de Paul, même si cette « empathie » a de quoi rendre le spectateur un peu mal à l’aise. C’est un peu comme quand on vous montre des images de bébés phoques en train de se faire dépecer vivant, pour faire un parallèle douteux : vous ne pouvez pas être indifférent. Le film ne s’appuie donc pas sur une quelconque virtuosité, mais sur un décor unique de cercueil (le côté conceptuel) et surtout sur un héros qui est un pauvre « sukkeleir* » (expression bruxelloise particulièrement appropriée) et pour lequel on ne peut qu’avoir de l’empathie. Un peu « facile. »

Le tout est accompagné de réflexions plus ou moins ronflantes sur l’indifférence, la manipulation et le désespoir de certaines personnes qui ont tout perdu. Seul le « twist » final, qui n’est compréhensible que si on a bien tout suivi (ce qui n’est pas gagné d’avance) nous a réellement interpelés. Bref, Buried partait, comme c’est souvent le cas, d’une bonne idée, mais s’avère au final plutôt ennuyeux et même un peu prétentieux.

* : en gros, un pauvre bougre qui sue sang et eau pour un résultat minime, qu’on ne peut que plaindre.

Pondération scientifique des rédacteurs

NOTE
3/10

BAREME DU GORE


TROUILLOMETRE

[+] Une bonne idée de départ (pour un film, s’entend)
[+] Un effet « claustrophobique » garanti
[+] Une critique efficace de l’inertie et de l’indifférence
[-] Un Paul Conroy à baffer
[-] Un scénario prétexte
[-] Pas captivant du tout passées les premières minutes