[Critique] Conan le Barbare

De la même manière qu’il ne faut pas nécessairement de dragons pour faire une bonne histoire de fantasy, il ne faut pas non plus de débauche d’effets spéciaux pour réaliser un bon film médiéval-fantastique. La preuve avec Conan le barbare qui, avec des moyens relativement modestes, parvient à nous transporter dans le monde d’Hyboria aussi facilement qu’un enfant se laisserait prendre par la main pour aller à Disneyland.

Année de production : 1982
Pays : Etats-Unis
Durée : 2h09

Réalisé par John Milius
Ecrit par John Milius et Oliver Stone
Avec Arnold Schwarzenegger, James Earl Jones, Max von Sydow, Sandahl Bergman, Cassandra Gava, Gerry Lopez, Mako, Valérie Quennessen
Budget : environ 20 000 000 $
Titres : Conan the Barbarian (Etats-Unis), Conan le barbare (France)


Conan n’est pas ce qu’on pourrait appeler un veinard dans la vie : sa mère étêtée sous ses yeux, il fut exilé et réduit en esclavage, contraint à pousser un mécanisme rotatif jusqu’à ce que, devenu adulte et musclé comme un culturiste, il puisse faire faire six tours à cette roue de la fortune d’une simple pichenette. Bon ok, on exagère un peu, mais il était vraiment devenu très, très costaud. A tel point qu’on le jeta dans une arène de gladiateurs, pour voir ce que ça allait donner. Et cela donna des larmes et du sang pour ses adversaires, du rire et de l’or pour Conan, qui, hilare, ne se sentait plus de décapiter, démembrer, émasculer, bref élaguer à la chaîne. Mais notre barbare au coeur tendre et à la main leste n’allait pas tarder à découvrir les vraies valeurs de la vie : l’amour, l’amitié et… la vengeance. Il lui fallait en effet retrouver l’infâme Thulsa Doom, qui avait nonchalamment mis à feu et à sang son village quelques années plus tôt, et lui en faire payer le prix.

Conan est donc un personnage plutôt ambigu, capable aussi bien d’endurer les pires difficultés et d’accomplir les plus grands exploits que d’envoyer au tapis un dromadaire d’un seul coup de poing en riant bêtement. Qui donc mieux que Schwarzy pouvait incarner un tel énergumène ? L’ex-gouverneur de Californie, en plus d’être simplement musculeux, a une indéniable présence à l’écran et même, osons le mot, une bonne dose de charisme. Acteur peu subtil (ce que d’aucuns ne lui pardonneront sans doute pas), il compense avec une conviction inébranlable, conférant à son personnage une naïveté quasi infantile qui le rend éminemment attachant. C’est d’ailleurs une des grandes forces du film et, probablement, de Schwarzy que de parvenir à nous imposer un personnage qui, dans toutes ses contradictions, apparaît comme unique et entier et ce, du début à la fin.

Un personnage qui s’impose d’autant mieux qu’il parle très peu. Conan ne dit d’ailleurs son premier mot qu’après 20 minutes de film et bien que l’histoire soit, dès le début, centrée sur sa personne ! Ce souci du “less is more” apparaît, à notre grand bonheur, durant tout le film, et jamais vous ne serez assommé par des bavardages interminables et inutiles. Les différents protagonistes n’ont droit au chapitre que si leur intervention est réellement importante – ou drôle, car Conan et sa bande sont loin d’être des tristes sires. Le reste est laissé à une voix off que certains trouveront agaçante, mais qui convient particulièrement bien à une quête épique dans un monde imaginaire.

Un monde très crédible malgré des moyens loin d’être pharaoniques. C’est notamment grâce à la source même du film, à savoir le monde inventé en 1932 par Robert E. Howard, parfois considéré comme le père de l’heroic-fantasy. Cet univers, certes imaginaire, se place dans une chronologie réelle de l’humanité, aux alentours de 10 000 avant J.-C., à la fin de la préhistoire. C’est la raison pour laquelle, bien que la magie et les divinités tiennent une place prépondérante dans l’histoire, vous ne verrez pas dans Conan le barbare de créatures fantastiques (sinon un serpent géant). C’est aussi pour cela que l’arrière-plan ethnologique, si je puis me permettre l’expression, est si riche, sans être ostentatoire. Chaque peuple, chaque faction présente des signes reconnaissables sans pour autant qu’on nous bassine avec leur histoire, leurs us et coutumes, etc. L’aspect religieux, très présent, ajoute à la vraisemblance de l’ensemble.

Une attention particulière a ainsi été apportée aux costumes, très réalistes – Milius demandait aux acteurs de les porter même lorsqu’ils ne tournaient pas de scènes afin qu’ils aient vraiment un air “passé”. Les décors, sans en faire des tonnes, sont aussi très convaincants, même si la force visuelle du film repose en grande partie sur des paysages naturels magnifiques. Les effets spéciaux sont discrets et il faudrait être vraiment de mauvaise foi pour les juger ringards. Le tout est soutenu, que dis-je, sublimé par la bande originale de Basil Poledouris qui a été mainte fois saluée. Les dialogues prenant très peu de place, la musique avait tout l’espace pour s’émanciper.

On terminera avec une note sur le casting. A côté de rôles anecdotiques mais bien menés comme Subotai (Gerry Lopez) ou la princesse (Valérie Quennessen), qui n’est au fond qu’une “quête secondaire” (pour parler RPG), totalement éclipsée par la quête de vengeance de Conan, l’on trouve quelques personnages marquants, parmi lesquels Thulsa Doom (James Earl Jones, la voix de Dark Vador !), Valeria (la magnifique Sandahl Bergman, récompensée entre autres par un Golden Globe de la révélation féminine) ou encore la sorcière, interprétée par Cassandra Gava au sommet de sa carrière, avec son visage aussi beau qu’inquiétant. Aucun ne parvient cependant à voler la vedette à Schwarzy.

Conan le barbare pêche seulement parfois par un déroulement un peu confus, bien que l’essentiel (notamment les combats) soit toujours limpide. Les amateurs de passes d’armes musclées seront ravis. Le film ne se refuse pas quelques scènes sanglantes, voire assez gores, mais jamais bêtement – le film commence et s’achève sur une tête coupée. S’il ne peut prétendre au rang de chef-d’oeuvre, Conan le barbare est néanmoins un grand film, d’après nous sous-estimé. Pour conclure je citerai mon comparse qui, sans décoller les yeux de l’écran, s’exclama soudain : “Toutes ces peaux, c’est stimulant !”

Note : nous n’avons pas lu les différents romans de Conan et demandons l’indulgence des fans. Par ailleurs, la version que nous avons vue n’est pas celle de notre enfance mais une version “extended”. A bon entendeur !

Pondération scientifique des rédacteurs

NOTE
8/10

BAREME DU GORE


TROUILLOMETRE
[+] Une bande originale du tonnerre
[+] Une histoire et un héros sans fioritures
[+] Des costumes, décors et effets spéciaux réussis
[+] Pas de bavardages inutiles
[+] Un casting séduisant
[+] Schwarzy !
[-] Schwarzy…
[-] Quelques passages assez confus