Donnie Darko

donnie_darkocoupdecoeur2001, réalisé par Richard Kelly
Note : 10/10
Barème du gore :

Trouillomètre :

Quelle claque. Une renaissance. La puissance de Donnie Darko est tout simplement phénoménale. Le film, organique et extrêmement complexe, est néanmoins d’une cohérence implacable. Premier long-métrage de Richard Kelly, il ressuscite le cinéma et lui offre une vocation magnifique : celle d’être un admirable et émouvant bordel, à l’image de la vie.

Impossible de résumer Donnie Darko. Chaque détail compte. Bornons-nous donc à un pitch fade : Donald Darko est un jeune homme psychologiquement perturbé. Dans ses rêveries, il rencontre Frank, un inquiétant lapin géant (vous rirez moins quand vous le verrez à l’écran) qui, par ses appels à Donnie, lui évite d’être écrasé par un réacteur d’avion tombé sur sa chambre. Frank annonce alors à Donnie qu’à compter de ce moment, il lui reste 28 jours et des poussières avant la fin du monde. Donnie, sous l’impulsion de Frank, se lance dans des quêtes impossibles, qu’il réalisera néanmoins, notamment celles de l’amour et du voyage dans le temps.

Donnie Darko

La grande force du film réside dans sa volonté, non de décrire la psychologie du personnage, mais de plonger directement le spectateur dans les abîmes terrifiants de son héros, avec un moyen infaillible : transcrire visuellement les perceptions et hallucinations ( ?) de Donnie. Les soubresauts du temps sont ainsi matérialisés à l’écran. Kelly réfute toute objectivité et tout jugement, au sens le plus large et le plus profond. Le spectateur est Donnie : il peut ressentir ses peurs, ses pulsions et ses angoisses, aussi difficiles soient-elles à interpréter. Rarement un réalisateur aura autant donné la possibilité de s’identifier à son personnage.

Donnie Darko

Dès lors, le film peut battre en brèche certaines idées préconçues sur les troubles mentaux, et notamment la tentation de réduire la problématique à des systèmes simplistes. Kelly croit, comme son héros dont on devine avec émotion qu’il en est le prolongement, en la complexité du monde, et a bien du mal à supporter les simplificateurs, dont il démonte l’hypocrisie avec une sorte de désespoir. La société américaine en prend pour son grade, parfois un peu à la façon d’un American Beauty. Mais de manière générale, c’est la bêtise humaine qui est dénoncée, même si, ici, c’est le drapeau américain qu’elle agite avec fierté.

Donnie Darko

En arrière-plan plane constamment le spectre menaçant de la fin du monde, obsession de Kelly (que l’on retrouve dans ses deux autres films : Southland Tales et The Box) et ultime délai de Donnie, avec la question universelle mais posée ici magistralement : « ma fin est-elle aussi la fin du monde ? »

Plus concrètement, soulignons l’excellente prestation de Jake Gyllenhaal, dont c’est l’un des premiers films, ainsi que la virtuosité de mise en scène de Richard Kelly, proprement impressionnante pour un premier long-métrage. Kelly nous offre en sus quelques séquences clipesques avec des angles de vue inédits, des effets d’accélération et de ralentis, mais jamais crânement. Il le dit lui-même : les ralentis permettent de s’attarder sur des détails qu’on louperait à vitesse normale. La bande-son est révélatrice d’une autre qualité de Kelly, qui a tendance à se perdre chez les réalisateurs : l’affinité avec la musique. Pour coller à l’ambiance années 80’, époque à laquelle se déroule le film, il nous lâche force Tear for Fears ou, mieux, demande à son ami Gary Jules de réaliser une reprise, meilleure que l’original, de Mad World.

Donnie Darko

Donnie Darko n’est pas seulement un film pour les geeks qui voudraient en défaire tous les nœuds et en découvrir tous les secrets : c’est aussi et surtout un film culte, pourtant encore assez méconnu aujourd’hui. D’ailleurs, bien fou serait celui qui voudrait tout comprendre à Donnie Darko. Le plaisir est peut-être ici justement de ne pas tout comprendre. Voilà pourquoi certains y resteront, légitimement certes, hermétiques.