[Critique] Frozen

2010, réalisé par Adam Green
Note : 3 / 10
Barème du gore

Trouillomètre

Les premiers frimas ayant un peu d’avance cette année, c’est dans un contexte plutôt favorable que nous avons visionné Frozen, d’Adam Green, le mec qui a réalisé Hatchet et Hatchet II. Mais malgré un pitch à glacer le sang, son dernier film ne nous a guère échauffés.

Cela saute aux yeux dès les premières minutes : Frozen est réalisé comme un film de slasher dans la plus pure tradition du genre. Sauf que slasher il n’y a point. Aucun méchant pervers à l’enfance difficile et équipé d’armes blanches rouillées ne sera de la partie. Pourtant, on pouvait s’y attendre, dès lors qu’il s’agit de l’histoire de trois jeunes coincés sur un télésiège. En l’occurrence, c’est juste la faute à pas de chance, comme on dit. L’ennemi mortel de Parker, Joe et Dan sera donc le froid. Et leur propre connerie, serait-on tenté d’ajouter.

Il faut dire qu’ils l’ont bien cherché : au lieu de payer leur remontée comme tout le monde, ils soudoient le pauvre type qui surveille les télésièges pour skier moins cher et le supplient pour faire une dernière descente avant la fermeture de la station (nous sommes dimanche soir), qui ne rouvrira que le vendredi. Avouez que c’est déjà mal barré. Evidemment, le mec corrompu avait une furieuse envie de pisser et son remplaçant, pressé de rentrer chez lui avant le début du téléfilm du dimanche soir, arrête les machines, pointe à la sortie et, comme il est le dernier, éteint les lumières en partant. Nos trois amis se retrouvent donc bloqués sur leur télésiège, seuls. Et, bien sûr, aucun des trois n’avait emporté son portable. Crédibilité : -1.

Ce genre de mésaventure passait bien dans Les bronzés font du ski, mais pas 30 ans plus tard. Jean-Claude Dusse pouvait se permettre de ne pas avoir de portable : il n’avait pas encore été inventé. Mais la probabilité pour qu’en 2010, sur trois personnes (jeunes, qui plus est), aucune n’ai le bon sens d’emporter le sien ? Nulle. La suite n’est pas beaucoup plus convaincante (désolé pour le spoil) : une dameuse s’arrête en-dessous des trois (anti-)héros sans que son conducteur, visiblement moins dégourdi qu’une taupe sous sédatifs, ne s’aperçoive qu’on lui crie à l’aide à s’en arracher les cordes vocales et qu’on lui lance des bâtons de ski et des planches de surf pour attirer son attention. Puis l’un des trois se décide à sauter (sur la neige fraîchement damée, faut-il le préciser), se brisant les deux jambes. Gore. Comble de l’horreur, le pauvre bougre qui, bien qu’un peu con, avait bien du courage, se fait bouffer vivant par une meute de loups. Le tout sous les yeux horrifiés de ses camarades…

Et sous les yeux incrédules du spectateur, qui commence à trouver que, décidément, cela fait beaucoup de malchance en une soirée. Mille fois, on se prend à penser qu’on aurait agi plus intelligemment. Ce qui, certes, n’aurait pas été difficile, vu comment notre trio s’y prend. Qui plus est, les loups sont plus carnassiers que le requin des Dents de la mer, ce qui a de quoi étonner tant on nous répète que les loups n’attaquent jamais les humains, ne sachant que trop le danger qu’ils courent. Mais rassurez-vous : nous n’allons pas décrire en détail toutes les invraisemblances du film, qui eut pu être drôle s’il les avait assumées.

Il n’y a pas que le déroulement de l’action qui ne soit pas convaincant : le jeu des acteurs l’est presque encore moins. Heureusement, le plus mauvais meurt en premier – courageusement, d’ailleurs, mais d’une manière tellement ridicule que c’en est drôle. Les dialogues sont d’une banalité peu commune et bien qu’on devine qu’ils sont là pour « nous identifier aux personnages », ils n’ont que pour effet de dissiper l’attention du spectateur. Nous en avons d’ailleurs profité, mon compère et moi, pour entamer une discussion plus philosophique (hem, hem) et, en tout cas, bien plus intéressante que celle des protagonistes.

Frozen est un film qui se donne des allures de slasher et se voit, du coup, confronté à l’absence de « méchant », d’ennemi, même personnalisé. Peut-être une autre formule aurait-elle été plus efficace pour décrire la détresse des survivants. Ici, on ne peut que constater le manque de suspense (même si la mise en scène fait tout pour nous croire le contraire), sinon de savoir s’ils vont y rester ou non, ce qui, au fond, ne nous intéresse guère, vu le peu d’empathie que suscitent les personnages. Un film peu intéressant, pour ne pas dire ennuyeux, même pris au second degré (et on a essayé !).