
2010, réalisé par Dario Argento
Note : 3/10
Barème du gore :
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Trouillomètre :
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Attendu comme le renouveau d’un genre qui s’était lentement essoufflé depuis son apogée dans les années 70, Giallo, le nouveau film de Dario Argento, était présenté le 12 avril au Festival Fantastique de Bruxelles. Dans la salle, un public assez différent des autres soirs, plus mûr, sans doute nostalgiques des belles années du cinéaste italien de légende. Malheureusement pour eux et pour nous, le maitre transalpin nous a montré que son génie était bel et bien enterré.

Le Giallo, souvenez-vous, est un genre de film d’exploitation, principalement italien, à la frontière entre le cinéma policier, le cinéma d’horreur, le fantastique et l’érotisme, qui a connu ses heures de gloire entre les années 1960 à 1980 avec des réalisateurs phares tels que Mario Bava, Leo Fulci et bien sûr Dario Argento. On pouvait penser qu’avec un titre pareil, celui qu’on nomme le maestro voulait rendre hommage au genre ou peut-être même le relancer. Mais non, il s’est embourbé dans une histoire excessivement banale, une enquête policière digne d’un mauvais feuilleton de dimanche après-midi.

Dans Giallo, Milan est le terrain de jeu d’un affreux tueur en série, qui kidnappe de jolies filles en les embarquant dans un taxi. Pas de bol, un soir, c’est Céline, la sœur de Linda, qui est kidnappée par le cinglé et séquestrée pendant plusieurs jours. Linda, quant à elle, fait la rencontre d’Enzo, un flic mystérieux déjà sur la piste du criminel, et lui fait part de l’enlèvement de sa cadette. Ce dernier s’avère être un drôle de zouave, au passé assez louche, travaillant et dormant dans la cave du commissariat parce que selon lui, « it’s cool ». En effet, on constate qu’Enzo justifie assez mal ses agissements pendant tout le film par des « this is what I do » ou d’autres banalités qui ont eu le don de faire hurler de rire le public du festival. La scène du restaurant restera d’ailleurs culte, tant le dialogue entre la fine équipe d’enquêteurs improvisée est pauvrement inspirée. On se demande d’ailleurs si Argento l’a fait exprès ou s’il est vraiment devenu sénile. Quant au tueur, un espèce de Rambo au charisme de truite, il entaille par-ci par-là ses victimes pour les rendre « moches » car il a souffert des moqueries de ses camarades quant il était enfant, à cause de son physique dégradant. Ses phrases sont à la hauteur de son maquillage ; « kiss kiss no more », dit-il en découpant la lèvre d’une de ses souffre-douleurs.

Le personnage principale du film, l’inspecteur Enzo Avolfi, est campé par Adrien Brody, qu’on avait notamment aperçu dans Le pianiste de Roman Polanski et qui, à part ses lignes de textes mal écrites, s’en sort convenablement. A côté de lui, la française Emmanuelle Seigner (épouse de Polanski ; le monde est petit), joue Linda, la blonde énervante, en voyage à Milan pour voir sa sœur Céline, incarnée par la magnifique Elsa Pataki. Le rôle de Linda devait au départ être donné à Asia Argento, fille de Dario, mais celle-ci tomba en enceinte avant le tournage au grand dam des spectateurs, car Seigner s’est révélée être en dessous de tout. Asia n’aurait sans doute pas fait mieux, tant on connait ses talents de comédienne désastreux eux aussi, mais celle-ci aurait sorti son atout charme singulier qui fait qu’on l’aime malgré tout. Sachez aussi que c’était Vincent Gallo, ex petit ami d’Asia, qui était pressenti le premier rôle, mais celui-ci fut évincé à cause de leur rupture sentimentale. On peut dire après coup que les ragots autour de Giallo furent tristement plus palpitants que le film lui-même.

Giallo, comme vous l’aurez senti, est donc une énorme déception. Intrigue nulle, tensiomètre à zéro, quelques scènes gores sans intérêt, acteurs mauvais, dialogues à mourir de rire de médiocrité… Argento est bien devenu l’ombre de lui-même. Finalement, son film n’est qu’un vulgaire slasher de seconde zone et ne fait aucunement partie du genre Giallo, le maitre de l’horreur ayant en effet joué sur les mots en mettant en scène un tueur qui a la jaunisse et dont le surnom est Giallo, traduction de la couleur « jaune » en italien… C’est ce que l’on appelle un foutage de gueule. Il n’y a d’ailleurs rien à garder du film, tant la mise en scène est elle-même catastrophique, à l’image de la dernière séquence, honte absolue et affront aux spectateurs. La salle du BIFFF a tout de même sauvé le film, grâce à quelques répliques cultes bien placées, ce qui a nous a tout de même fait passer un bon moment, mais de grâce, ne regardez pas ce film seul. A noter aussi qu’Argento arrive toujours à dégotter de superbes nanas dans ses films et qu’ici, pour le coup, il reste fidèle à sa réputation.