[Critique] Harpoon

Qu’il était bon le temps de la chasse à la baleine, époque mythique où de fiers vikings arpentaient l’océan, l’œil vif et la chevelure au vent, dans l’unique but de se mesurer à un monstre marin ! Ce temps-là est bien révolu ; ne subsistent aujourd’hui que quelques modestes pêcheurs et guides un peu mous du genou. Une reconversion que certains n’ont pas acceptée ; ceux-là, à défaut de harponner du rorqual, harponnent désormais les touristes.

Année de production : 2009
Pays : Islande
Durée : 1h30 

Réalisé par Júlíus Kemp
Ecrit par Sjón Sigurdsson
Avec Pihla Viitala, Nae, Terence Anderson
Budget : 4 millions de dollars environ
Titres : Harpoon ; Reykjavik Whale Watching Massacre


Quel meilleur décor pour un huit-clos sanglant qu’un bateau à la coque pourrissante et au mât mal assuré ? Difficile, une fois en pleine mer, d’échapper au carnage. Ce massacre, nos amis touristes ne l’avaient pas prévu au programme au moment de planifier leurs vacances en Islande. Ni les Allemandes nymphomanes d’un âge avancé, ni le Japonais misogyne et son épouse cupide, ni l’ivrogne de Français qui fait le con en haut du mât, ni tous les autres. Vous aurez compris, je pense, que personne ou presque n’est d’une pureté immaculée dans cette histoire, même si aucun n’arrive à la cheville de cette famille d’Islandais dégénérés qui occupe ses weekends en trucidant les vacanciers.

Les victimes n’échappent donc pas à certains stéréotypes. Cela aurait pu être amusant mais c’est, en fait, un poil agaçant. Et puis, quitte à aller dans la caricature, autant y aller à fond, non ? En outre, la plupart de ces personnages s’avèrent être des salauds de la pire espèce qui vendraient leur mère pour un paquet de pépitos, et on y perd en crédibilité. D’ailleurs, le seul vrai héros est (je vous le donne en mille) altruiste, noir et gay et meurt d’une manière (vraiment) injuste. On serait presque tenté de dire que les bourreaux sont plus « humains », c’est-à-dire plus réalistes dans leur comportement.

Mis à part une galerie de personnages peu subtils et une histoire prétexte plutôt déconcertante – le Français embroche le capitaine, le mousse s’enfuit en barque et nos touristes n’ont d’autre choix que d’attendre de l’aide et d’être, à la place, recueillis par des psychopathes aux cheveux gras, malgré tout, le film recèle quelques bons moments, bien que trop rares. On pense évidemment à des scènes gores comme le harponnage de Japonais, la décapitation de Français au lancer de hache ou encore le dégommage à bout portant d’Islandais au shotgun, mais il y a aussi quelques purs gags, bien qu’on doute un peu qu’ils aient vraiment été pensés comme des boutades.

L’ironie n’est pas absente non plus. Ainsi, des deux amies que l’on voit au début, celle qui va passer un sale quart d’heure n’est pas celle qui se laisse embarquer par le cinquantenaire qui lui a payé son poids en shots de tequila, mais bien celle qui va innocemment faire un tour en bateau pour observer les baleines. A ce sujet, soyez rassurés, on VOIT des baleines dans le film (mais pas celles auxquelles on s’attend) !

Si Harpoon fait indéniablement partie de ces films qu’on qualifierait sans hésiter de « bifffesque », son scénario est trop improbable, ses personnages trop inconsistants et son rythme trop mou pour être réellement passionnant. Si vous avez quelqu’un avec qui plaisanter entre deux scènes de piolet dans le front, tout ira bien, mais pour peu que vous soyez seul(e) ou accompagné(e) d’un triste sire, il y a fort à parier que l’ennui vous gagne rapidement. A réserver aux spectateurs avertis !

Pondération scientifique des rédacteurs

NOTE
5/10

BAREME DU GORE


TROUILLOMETRE
[+] Quelques jolies scènes gores
[+] Une ou deux répliques très drôles
[+] Dépaysement garanti !
[+] Des personnages qui ont presque tous une part d’ombre…
[-] …parfois à la limite de la crédibilité
[-] Un rythme peu soutenu
[-] Une histoire un poil improbable
[-] Rien que du très classique malgré le décor « exotique »