[Critique] Machete

« They just fucked with the wrong mexican ! »

Année de production : 2010
Pays : Etats-Unis
Durée : 1h45

Réalisé par Robert Rodriguez
Ecrit par Robert et Alvaro Rodriguez
Avec Danny Trejo, Michelle Rodriguez, Jessica Alba,…
Budget : environ 10 millions de dollars


Machete, l’homme à la machette aussi aiguisée que la moustache, est incarné par le légendaire Danny Trejo, vieux loup de mer au visage buriné qui a enchaîné les seconds rôles avec une régularité record depuis les années 90, figurant d’ailleurs ainsi au palmarès des acteurs les plus prolifiques de l’histoire. Or c’est à un cousin éloigné, Robert Rodriguez, réalisateur de son état, que Trejo dut en 2010 son premier premier rôle au cinéma. Cette collaboration entre les deux hommes n’en était pas à son coup d’essai, mais jusqu’alors, Rodriguez ne lui avait offert que des seconds rôles… notamment celui de Machete.

Car le personnage de Machete n’en est pas à sa première apparition au cinéma, mais bien à sa cinquième. Voilà un fait qui pourra surprendre ceux (dont nous faisons partie) qui n’ont vu aucun des trois épisodes de Spy Kids. Dans cette série de films réalisés justement par Robert Rodriguez, Machete était un gentil. La moralité du personnage fut nuancée avec sa quatrième apparition dans une fausse bande-annonce (qui deviendrait rétrospectivement une vraie !) diffusée juste avant le film Planet Terror (2007), de Rodriguez (encore lui), film au style rétro qui devait initialement être diffusé en diptyque aux côtés de Death Proof, de Quentin Tarantino. Cette bande-annonce, qui nous présentait un Mexicain chevelu expert en maniement de machette et chevauchant une moto avec une énorme mitrailleuse sur le guidon avait réveillé l’instinct animal de toute une frange de la population masculine qui, presque aussitôt, avait sommé Rodriguez d’en faire un long-métrage. Ce dernier ne se fit pas (trop) prier.

Résultat : en 2010 sortait un spin-off sacrément burné narrant les aventures et prouesses (notamment sexuelles) de Machete, un Mexicain armé jusqu’aux dents et prêt à prendre sa revanche après avoir été lâchement trahi. On s’arrêtera là pour le scénario, qui ne nécessite pas de grandes digressions et est avant tout un prétexte à des scènes toutes plus rock’n’roll les unes que les autres.

Notez que ce qui n’est après tout qu’un énorme délire se paye le luxe d’un casting de haute volée. Côté féminin, on retrouve ainsi Jessica Alba, Michelle Rodriguez (qui, elle, n’a rien à voir avec Robert) ou encore Lindsay Lohan. Un plaisir pour les yeux de la gente masculine, à qui le film est clairement dédié. Côté masculin, ce sont encore les garçons qui seront heureux comme des gamins de retrouver les héros de leur enfance, Robert de Niro et Steven Seagal en tête. Bref, Machete a été clairement conçu pour une bande d’ados attardés. Et c’est pour ça qu’il est si bon.

On retrouve en effet tout le nécessaire pour que le mâle qui n’en peut plus des comédies romantiques (pour faire plaisir à sa copine), des reconstitutions historiques (pour faire plaisir à ses grands-parents) et des dessins animés nunuches (pour faire plaisir à sa petite sœur) nage en plein bonheur : grosses cylindrées, armes blanches, armes à feu, explosions, bagnoles, répliques assassines et, bien sûr, gonzesses à poil. Sur ce dernier point, il faut dire qu’on est servi. Rien que dans la scène d’introduction (au grain rétro particulièrement efficace), une superbe nymphe se trimballe en tenue d’Eve devant les yeux ébahis de Machete (si tant est qu’il puisse ressentir des sentiments) et du spectateur.

Ne vous attendez donc pas à de la grande finesse cinématographique. Machete trempe sa plume (comprenez son membre) dans le plumard, écrit sa prose dans le bide de ses ennemis et signe avec leur sang. Le film recèle en effet quelques moments gores, dont la fameuse scène où Machete se sert de l’intestin du mec qu’il vient d’éventrer comme d’une corde pour s’évader. Pure genious. On rigole bien, c’est sûr, y compris quand Machete se tape une mère et sa fille en même temps pour ridiculiser le père de la première et mari de la seconde. C’est d’autant plus drôle quand on connaît la dégaine de Trejo, qui n’est certes pas meilleur que d’habitude (on ne peut pas dire que le bougre mérite un oscar) mais assume parfaitement son rôle de personnage mono-expressif qui n’a jamais vraiment l’air de sortir de ses gonds même lorsqu’il est censé bouillir de colère.

Outre toutes ces qualités, Machete est bourré de seconds rôles tout simplement délicieux, comme ce sympathique prêtre qui a troqué sa Bible et son crucifix contre deux shotguns (un dans chaque main). Cependant, on mettra un ou deux bémols à cette indéniable réussite. D’abord, une certaine inégalité de rythme en fonction du déroulement de l’histoire, arythmie qui aurait pu être évitée dans la mesure où, on l’a dit, le scénario n’est jamais qu’un prétexte à un défoulement immature et testostéroné. Ensuite – et il s’agit ici d’un détail, mais d’un détail qui a son importance -, la fameuse scène où Machete enfourche une moto armée d’une gatling, attendue pendant tout le film puisqu’il s’agit de l’image de la bande-annonce qui avait particulièrement marqué les esprits, cette scène ne dure en fait que quelques secondes. Grosse déception personnelle, je l’avoue.

Vous l’aurez compris : Machete est un film à voir, en particulier si vous avez une âme de gosse tapageur et un peu pervers. Ses quelques faiblesses sont vites effacées par un casting de rêve, des idées marrantes et des scènes d’action qui sentent la poudre et l’hémoglobine. Machete se permet même de critiquer avec une bonne dose d’humour la politique d’immigration américaine. Lâchez-vous donc et n’hésitez pas à aller dans le cliché sexiste : sortez la bière, la pizza et vos potes geeks. C’est l’occasion ou jamais.

Pondération scientifique des rédacteurs

NOTE
8/10

BAREME DU GORE


TROUILLOMETRE
[+] Un casting au top
[+] Une moustache d’enfer
[+] Des motos customisées
[+] Des jolies filles
[+] Des scènes d’action poilues
[-] Quelques longueurs (mais rien de grave)
[-] La scène de la moto ne dure que quelques secondes !