[Critique] Mother’s Day

La fête des mères est un événement mondial. Normal : il y a des mères sur toute la surface du globe. Mais les manières de faire plaisir à sa môman peuvent diverger fortement. Ainsi, si la coutume habituelle veut qu’on lui offre une petite carte, un bouquet de fleurs ou même simplement un gros bisou, certaines mères exigent des cadeaux un peu moins nunuches et, pour ainsi dire, très concrets comme, par exemple, du sang et de l’argent.

Année de production : 2010
Pays : Canada
Durée : 1h52

Réalisé par Darren Lynn Bousman
Ecrit par Scott Milam
Avec Deborah Ann Woll, Shawn Ashmore, Rebecca De Mornay, Lisa Marcos
Budget : environ 11 000 000 $
Titres : Mother’s Day (international)

Mais que ne ferait-on pas pour celle qui nous a mis au monde ? Ou qui nous a adopté (oups, pardon, ceci n’est pas un spoil) ? C’est de ce constat psychologique de base que part Mother’s Day, remake d’un film de 1980 – un peu tombé dans l’oubli, il faut bien l’admettre – de Charles Kaufman, à qui l’on doit peut-être la plus belle allitération dans un titre de film (Ferocious Female Freedom Fighters) et qui n’est autre que le frère de l’improbable Lloyd Kaufman, l’homme à la filmographie pléthorique qui a fondé dans les années 70 Troma, cette société de production qui n’a jamais fait que dans la série B, le sang, le vomis et le caca.

Après ces brèves présentations, retournons à nos moutons pour nous concentrer cette fois sur la famille de méchants qui sévit dans Mother’s Day, au désarroi suprême de jeunes gens qui pensaient passer une soirée au poil à boire des bières, jouer au billard et tromper leur conjoint dans les toilettes. En effet, trois truands de frères, s’étant attirés des ennuis, réinvestissent sans prévenir la maison de leur enfance qui, entretemps, a été acquise par d’honnêtes gens. Nos bandits de grand chemin tombent donc nez à nez avec les nouveaux occupants et leurs amis, venus partager une pils et plus si affinités. L’un des frères est grièvement blessé, le deuxième est un maniaque et le troisième est une brute. On réquisitionne le médecin parmi les gens qui se trouvaient là, pendant que les autres se demandent s’ils doivent rester là sans rien faire ou intervenir. Bref, c’est le bordel.

Heureusement, la mère des trois frères va venir mettre de l’ordre dans tout ça. Sa fille, timide au point de se cacher derrière un rideau de cheveux, l’accompagne. La maman, incarnée brillamment par Rebecca De Mornay, ne veut qu’une chose : qu’on lui rende une enveloppe pleine d’argent qui a été envoyée à cette adresse mais lui était destinée à elle. Et pour obtenir cette enveloppe, tous les moyens sont bons. Tantôt douce et prévenante avec ses victimes comme s’il s’agissait d’invités, tantôt impitoyable et cruelle, Rebecca De Mornay incarne à la perfection une vraie mère, douce et ferme à la fois, mais une mère légèrement psychopathe sur les bords. Un excellent choix du point de vue du casting, donc, mais qui, hélas, n’est guère confirmé par ailleurs.

Pour commencer, la dimension psychologique, freudienne même, qui aurait pu être exploitée ici n’est qu’à peine effleurée, le réalisateur préférant se concentrer sur les dissensions ridicules entre les victimes, qui s’avèrent toutes être des connards, des salopes et des enfoirés. Leur bêtise n’arrange rien et, comme si cela n’avait jamais été fait, on les voit se démener pour s’en sortir en se battant les uns avec les autres plutôt qu’en s’entraidant. Le tout s’avère extrêmement classique du début à la fin. Le seul point intéressant est que les méchants, bien qu’un peu dérangés du ciboulot, paraissent parfois presque plus normaux que leurs victimes, que l’adversité dévoile dans toute leur mesquinerie. Cet aspect est d’ailleurs symptomatique d’une partie de la carrière de Darren Lynn Bousman, qui a réalisé une partie des Saw où, comme chacun sait, on insiste particulièrement sur l’immoralité des victimes de Jigsaw.

Mis à part ça, on marche en terrain balisé. Aucune originalité ne vient égayer un film par ailleurs honnête, alors que le cadre et les personnages offraient de potentiels développements intéressants. Très peu ambitieux, Mother’s Day se contente de remplir son contrat de remake satisfaisant, sans plus. Il semble donc que Bousman, après l’étrange Repo ! The Genetic Opera, soit revenu à du conventionnel, ce qui semblait être la voie qu’il avait empruntée avec Saw II, III et IV.

Pondération scientifique des rédacteurs

NOTE
5/10

BAREME DU GORE


TROUILLOMETRE
[+] Une Rebecca De Mornay très convaincante en mère poule psychopathe
[+] Un point de vue intéressant et impitoyable sur les victimes
[-] Cruel manque d’originalité
[-] Ni très drôle, ni très effrayant, ni très malsain
[-] Une histoire qui ne décolle pas
[-] Des situations vues et revues