[Critique] Piranha 3D

2010, réalisé par Alexandre Aja
Note : 9 / 10
Barème du gore

Trouillomètre

Piranha 3D, prétendu remake de Piranhas de Joe Dante (1978), était attendu avec une rare ferveur autant par les adolescents en mal de sensations fortes que par les amateurs avertis qui connaissent le passé cinématographique d’Alexandre Aja. Un passé qui rime avec horreur, remake et talent. Verdict.

Pour citer mon compère, « Alexandre Aja c’est un peu le David Guetta du cinéma » : même coupe de cheveux (ou presque) et même exportation aux Etats-Unis, le pays du grand spectacle. Certes, la comparaison s’arrête là. Mais french touch il y a. Car au pays de l’Oncle Sam, cela fait quelques années qu’est revenu à la mode un puritanisme très consensuel et plutôt ennuyeux. Aja a donc apporté dans ses valises la subversion française, ou du moins européenne et, non content de montrer d’innombrables paires de boobs sans aucun complexe, s’offre un superbe délire subaquatique où deux naïades nues uniquement chaussées de palmes s’entrelacent de façon très suggestive, dans une scène aussi bandante que ridicule. Tiens, j’en aperçois qui se réveillent au fond.

L’affiche française de Piranha 3D résumait parfaitement le programme : « Sea, sex and blood. » Et du sang, il y en a ! Nous croyons pouvoir affirmer que nous n’avons jamais rien vu d’aussi gore, en tout cas en termes d’hectolitres de sang. C’est bien simple : il ne se passe pas cinq minutes sans une paire de seins ou une attaque de piranhas sanglante. J’ai entendu de sombres histoires de parents écervelés insistant pour emmener leurs enfants de 7 ans voir le film. Si vous désirez traumatiser votre progéniture pour le restant de ses jours, on ne fait pas mieux. Vous ne viendrez pas vous plaindre quand ils entreront dans une rage folle et massacreront tous les visiteurs du Nausicaa. Ces mises en garde faites, entrons (enfin) dans le vif du sujet.

Le Spring Break, vous connaissez ? Il s’agit d’un événement typiquement américain : des milliers d’étudiants en vacances de printemps se rassemblent en un lieu idéal pour faire la fête. En l’occurrence, la ville de Lake Victoria et son lac du même nom. L’occasion pour toutes ces têtes trop pleines de régresser dans la pure débauche : la bière coule à flot et les filles dansent à oilpé ou presque sur une musique tonitruante, le tout sous un soleil radieux. Bref, le paradis des étudiants et l’enfer pour les habitants. Jake est justement l’un de ces “locaux” mais l’enfer, pour lui, c’est de ne pas pouvoir participer aux festivités. Sa mère Julie, la shérif de la ville, avait en effet d’autres projets pour lui : s’occuper de son petit frère et de sa petite soeur. Et pour un ado, rater un champ de seins nus s’agitant au soleil, c’est frustrant. Bon, dans le film, Jake veut avant tout aller faire la fête, mais on n’est pas dupes.

Evidemment, Jake s’arrange pour lâcher les deux gnomes et se trouve embarqué avec la fille qu’il convoite sur un yacht piloté par un demi-dingue dont le métier est de filmer des nanas dénudées qui se trémoussent devant un décor paradisiaque. Et plus si affinités. Le jeune homme se retrouve donc coincé avec deux cruches aussi ras-de-plafond que bien foutues, un cocaïnomane irresponsable, son assistant un peu benêt et Kelly, qu’il aurait aimé emballer dans de meilleures conditions. Inutile de préciser que les gamins en ont profité pour faire ce qu’on leur avait interdit de faire, à savoir quitter la maison. Ce n’était donc vraiment pas le bon jour pour découvrir qu’une faille soudainement apparue au fond du lac avait libéré des piranhas préhistoriques affamés et profondément méchants.

L’apothéose est bien sûr l’incroyable scène où des centaines d’étudiants sont hachés menu par l’impitoyable poiscaille. Les scènes gores se succèdent avec une remarquable originalité (nous ne vous les détaillerons pas ici pour vous laisser la surprise) ; c’est tout le lac qui devient rouge. Notons d’ailleurs le remarquable travail des maquilleurs et des responsables des effets spéciaux. Pour résumer, Aja a égalé voire surpassé la fameuse scène de Braindead où le héros fait de la bouillie de mort-vivant à la tondeuse à gazon. D’ailleurs, le frenchie ne cache pas ses références et rend même hommage à Peter Jackson lorsque le Deputy Fallon s’empare d’un moteur de barque pour mixer du piranha au moyen de l’hélice. Autre clin d’oeil – obligé – aux Dents de la mer, lorsqu’un étudiant crie “Shark, shark !” et qu’un autre lui répond (fort à propos d’ailleurs) qu’il n’y a pas de requins dans un lac.

L’humour, souvent implicite, n’est donc pas absent, même si on en aurait souhaité davantage. Scènes gores mises à part, on ne se fend pas la poire en permanence. Il fallait bien qu’on dise un tout petit peu de mal du film, non ? Retenons tout de même un instant grandiose où Derrick Jones (le cinéaste amateur), émasculé, prononce juste avant son dernier souffle cette phrase unique : “Wet t-shirt !” Si on le cherche, l’humour est donc plus fin que ce à quoi on aurait pu s’attendre.

Plus sérieusement (ne vous inquiétez pas, on fera vite), Aja assène un bon coup de pied au cul à ces étudiants américains sans foi ni loi et prend, on l’imagine, un malin plaisir à les voir se faire déchiqueter. Vous remarquerez d’ailleurs qu’au plus le personnage est détestable, au plus Aja lui fera subir une mort atroce. Revient aussi le sempiternel conflit entre l’intérêt pécuniaire que représentent les estivants et leur sécurité, qui passe par la fermeture du lac, mais il s’agit plus d’un clin d’oeil aux Dents de la mer, où le thème était déjà présent, ainsi qu’à Piranhas de Joe Dante, dont Piranha 3D n’est, faut-il le rappeler, un remake que de nom.

Piranha 3D est donc une superbe friandise magistralement confectionnée par Alexandre Aja, qui a du aussi y trouver beaucoup de plaisir (on imagine aisément l’ambiance sur le tournage !). Rares sont en effet les réalisateurs auxquels on donne carte blanche ou presque. Aja a voulu réaliser un film gore, sexy et fun, rien de plus. Et c’est largement réussi.

NB : la 3D, annoncée par le titre, est selon nous une gentille escroquerie mais n’entrave pas la vision du film, à défaut de l’améliorer.