[Critique] Rise of the Planet of the Apes

Lorsque fut annoncé ce préquelle ambitieux, des hordes d’inconditionnels ont montré les crocs : ils n’allaient quand même pas faire pire que le pseudo-remake de Tim Burton de 2001 ? Leurs angoisses se sont rapidement apaisées.

Année de production : 2011
Pays : Etats-Unis
Durée : 1h45

Réalisé par Rupert Wyatt
Ecrit par Rick Jaffa et Amanda Silver, inspiré du roman de Pierre Boulle
Avec James Franco, Andy Serkis, Freida Pinto, John Lithgow
Budget : environ 93 millions de dollars
Titres : Rise of the Planet of the Apes (Etats-Unis), Caesar, Caesar : Rise of the Apes, Genesis : Apes, Rise of the Apes (titres de travail), La planète des singes : les origines (France), La montée de la planète des singes (Québec)


Will Rodman est un jeune chercheur qui réalise des expériences sur des singes pour élaborer de nouveaux traitements, notamment contre Alzheimer, dont son père est atteint. Alors qu’il est sur le point d’aboutir à une découverte, un incident se produit et les expérimentations sont arrêtées. Will poursuit dès lors ses recherches chez lui, avec un nouveau résident : César, jeune chimpanzé né d’une mère cobaye qui présente des facultés mentales bien supérieures à celles de ses congénères. Une relation étroite, familiale, va se lier entre l’homme et le singe.

Toute la difficulté de l’exercice était ici que le dénouement de l’histoire était déjà connu, problème inhérent au préquelle en général, et je ne surprendrai personne en disant qu’à la fin du film se profile la nouvelle société dirigée par nos cousins simiesques. Il fallait donc s’attacher au « pourquoi » et au « comment » pour capter l’attention du spectateur. Si le suspense n’est pas absent de Rise of the Planet of the Apes, il ne pouvait se trouver au coeur de l’intrigue. Et bien que le film soit tourné comme un métrage hollywoodien classique, la narration adopte, pour les deux premiers tiers du moins, la forme de la chronique, particulièrement judicieuse ici. En résulte un climat plus intimiste (du moins jusqu’à la révolte proprement dite) où la caméra capture les interrogations de César (Andy Serkis) sur son identité et les espoirs de Will (James Franco) pour sauver son père.

Le tout aurait pu facilement tourner au ridicule. On comprend aisément ce qu’il peut y avoir de risible lorsqu’un singe tente de se comporter en être humain (et l’inverse aussi, d’ailleurs). Cet écueil a été évité grâce au sens de la mise en scène de Rupert Wyatt, dont ce n’est que le troisième long-métrage, aux effets spéciaux de la société WETA, déjà à l’œuvre pour Avatar, et à l’incroyable performance d’Andy Serkis, le gollum du Seigneur des Anneaux, qui incarne ici un César à la frontière entre deux mondes, un singe humanisé terriblement convaincant. Ce dernier n’éclipse cependant pas, comme il a été écrit de-ci de-là, James Franco, qui est peut-être l’un des meilleurs acteurs américains de sa génération.

Freida Pinto, dans le rôle de la petite amie de Will, est en revanche bien fade. La faute non pas à une piètre performance, mais à un rôle plutôt insignifiant qui semble n’avoir été inséré que pour apporter une touche de féminité à une histoire très phallocentrée. Le film s’intéresse en effet surtout aux relations entre Will et son père, entre Will et César et, dans une moindre mesure, entre César et le père de Will. Une histoire de mâles, donc, ce que la présence de Pinto ne parvient guère à nuancer. Peut-être cela explique-t-il pourquoi la plupart des femmes (d’après un sondage réalisé par nos soins) semblent rester imperméables à cette touchante chronique, tandis que mon comparse et moi avons discuté longtemps et avec enthousiasme. Le film s’attarde d’ailleurs si bien sur ces relations, mais aussi sur la question identitaire incarnée par César, que seule la révolte des singes est capturée ; le virus qui a touché les humains et permis aux grands singes de devenir les maîtres du monde est pratiquement relégué au générique de fin, et c’est tant mieux. En faisant le choix de s’intéresser aux questions susmentionnées, Rupert Wyatt a décidément inscrit le film dans son époque.

Tout ceci ne doit cependant pas faire oublier que Rise of the Planet of the Apes est avant tout un film à grand spectacle. Un « blockbuster intelligent » dont on n’espérait à vrai dire pas tant. Le seul regret que nous puissions émettre concerne la mise en scène, plutôt classico-classique, quoique rondement menée. Les scènes d’action arrivent toujours à point nommé et ne sont pas dénuées d’âme, comme c’est trop souvent le cas, mais loin d’être une simple récréation, servent le propos jusqu’à un face à face final entre César et Will où les deux êtres, enfin égaux, se regardent droit dans les yeux. Saisissant.

Pondération scientifique des rédacteurs

NOTE
8/10

BAREME DU GORE


TROUILLOMETRE
[+] Un blockbuster qui ne prend pas votre cerveau pour du pop-corn trop grillé
[+] Un point de vue intéressant, plus intimiste qu’attendu
[+] La prestation incroyable d’Andy Serkis
[+] Celle, très bonne, de James Franco
[+] Des effets spéciaux bluffants
[-] Une mise en scène assez classique
[-] Une Freida Pinto dont le rôle n’apporte rien au film