Shutter Island

shutter_island2010, réalisé par Martin Scorsese
Note : 8/10
Barème du gore :

Trouillomètre :

Une île perdue, un hôpital psychiatrique, un vieux fort reconverti en prison pour aliénés, un cimetière au fond des bois, un phare mystérieux, des cachettes dans les rochers sur la côte, un jeune inspecteur et des psychiatres à l’accent allemand suspect : voilà un cocktail des plus classiques, hommage à la série B des années 50, par le maître Scorsese.

Voici donnée d’emblée la réponse à la question que certains auraient pu se poser quant à la légitimité d’une chronique de Shutter Island sur Empty Orbit. (Après tout, on aurait pu simplement vous répondre qu’on fait ce qu’on veut, un point c’est tout.) Si, niveau casting, il est vrai que le film tient plutôt du blockbuster (et de fait, il en est bien un), sa réalisation s’apparente elle au « film d’exploitation », comme on disait encore il n’y a pas si longtemps.

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Il y a d’abord à l’origine le livre éponyme de Dennis Lehane (auteur, entre autres, de Mystic River), qui baignait déjà dans une ambiance fifties, avec tous les clichés que cela suppose, de manière complètement assumée. Ensuite, il y a Martin Scorsese et son amour avoué (confessé ?) pour le cinéma B. D’ailleurs, il dit lui même être un grand fan de Jacques Tourneur. Ainsi, le caractère « commandé » de ce film de studio n’a pas empêché Scorsese de s’en donner à cœur joie. Il passe même pour avoir diffusé, pendant le tournage, des films d’époque, de série B, aux comédiens et à l’équipe technique.

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Visuellement aussi, on note un aspect retro, notamment dans les transitions, les schémas narratifs, la musique… même si quelques effets spéciaux bien contemporains sont de la partie et si le grain de l’image est celui d’un film actuel. Le tout sans rien enlever à la maestria de Scorsese, qui maîtrise son sujet de bout en bout. A l’objection selon laquelle on ne retrouverait pas vraiment la « patte » habituelle de Scorsese dans Shutter Island (ce qui est vrai), l’on répondra que c’est peut-être justement sa particularité que d’exceller quel que soit le style adopté, à plus forte raison s’il s’agit d’un genre qu’il affectionne. Shutter Island est un hommage dépourvu de nostalgie, et c’est peut-être pour cela qu’il est si réussi.

Leonardo DiCaprio, au sommet de sa forme, rempile avec Scorsese pour la quatrième fois d’affilée (après Gangs of New York, Aviator et The Departed), et le tandem est désormais parfaitement rôdé, s’il ne l’était pas déjà dès le début.

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Shutter Island remplit son contrat au-delà des espérances. Tantôt effrayant, tantôt réellement émouvant, la plupart du temps carrément jouissif grâce à une mise en scène qui sert l’intrigue de façon magistrale, il a tout d’un classique. Autre tour de force, les dialogues sont parfois longs mais toujours enlevés et jamais ennuyeux. Le twist final, bien qu’attendu, est cependant très bien amené. On pouvait cependant espérer secrètement un « contre-twist », un retournement de situation supplémentaire qui n’eût pas paru excessif dans un film de ce genre. Néanmoins, le final, en forme de proverbe, sonne parfaitement juste et clôture le film comme il se doit, en l’ouvrant, pour quelques heures encore, à la réflexion du spectateur.