[Critique] Splice

2009, réalisé par Vincenzo Natali
Note : 6 / 10
Barème du gore

Trouillomètre

Pas facile d’élever des enfants. Surtout lorsqu’ils sont équipés d’un dard mortel et se mettent facilement en colère.

Sympathique duo que ce couple de jeunes scientifiques aussi geeks qu’un croisement entre Sheldon Cooper et Bill Gates, Elsa et Clive, incarnés respectivement par la très jolie Sarah Polley et le polymorphe Adrien Brody, a qui on doit laisser le mérite de ne pas s’installer dans un rôle récurrent. En l’occurrence, il campe un chercheur filiforme aux cheveux longs et gras qui ne refuse jamais un bon vieux morceau de métal hardcore entre deux expériences potentiellement révolutionnaires.

Car nos deux tourtereaux, en plus d’être assez cools et, reconnaissons-le, plutôt crédibles, sont des génies de la manipulation génétique. Ils sont les premiers à avoir conçu une nouvelle forme de vie, qui ressemble à vrai dire à un énorme caca mouvant. Seulement, ce n’est pas suffisant pour ces apprentis sorciers, puisqu’ils vont tenter, presque sur un coup de tête, d’injecter dans cette nouvelle espèce de l’ADN humain… et réussir. De quoi se prendre pour le Créateur, mais Splice évite de nous resservir cette thématique éculée. Point de destin funestes ni de démiurges mégalomanes donc, mais une réflexion intéressante sur la parentalité.

En cela, on n’est pas très loin de Frankenstein ou de Jurassic Park. Il suffit de voir la tête de Hammond devant l’éclosion de mignons petits raptors (qui, faut-il le rappeler, une fois adultes, échapperont aux mains de leurs créateurs pour se retourner contre eux). Eh bien dans Splice, c’est un peu la même chose. A la différence que si Dren (le verlan pour nerd) n’est pas tout à fait humaine, elle est cependant douée de sentiments. Au fur et à mesure de sa croissance accélérée, Dren gagne en intelligence, apprend à s’exprimer (même si elle est incapable de parler), se révolte contre ses tuteurs, obligés de la cacher pour la préserver, et séduit même Clive. Vous avez dit malsain ?

On voit donc se tisser une sorte de toile de fond symbolique dans laquelle chaque acte, chaque événement fait écho à la psychologie parents-enfants, notamment le complexe d’Œdipe, mais aussi le rejet de l’enfant par les parents, la crise d’adolescence et la quête d’identité sexuelle. Cette interprétation est soutenue par de nombreux indices. S’il fallait n’en citer qu’un, signalons simplement que « l’accouchement » de Dren se fait dans la douleur pour Elsa, alors qu’elle ne l’a pas portée elle-même. Mais elle l’avait « désirée » (alors qu’elle refusait d’avoir un enfant avec son copain) ! Et Clive de dire oui dans le feu de l’action, puis de s’alarmer devant toutes les conséquences que cela entraîne. On dirait presque un vrai père, n’est-ce pas ?