Parfois usurpée, l’expression « nanard intersidéral » ne pourrait mieux s’appliquer que dans le cas de Starcrash, véritable ratage de A à Z. C’est d’ailleurs à ce titre seulement que le film s’est imposé comme culte. Offrez-vous une plongée dans l’hyper-espace, où nul ne vous entendra hurler… de rire.
Année de production : 1978Pays : Italie, Etats-Unis Durée : 1h32 Réalisé par Luigi Cozzi |
Avant toute chose, une petite remise en contexte s’impose. Starcrash fait partie de ces films qui ont germé dans le sillage de l’énorme succès du premier Star Wars, sorti en 1977, et qui furent pour la plupart pareils à des étoiles filantes, la lueur en moins. Ce genre particulier de la science-fiction qu’est le space opera restera presque exclusivement associé à la série de George Lucas, au grand dam de tous les autres qui, parfois, s’étaient même donné quelques moyens pour tenter d’égaler Yoda et sa bande de joyeux drilles. Or ce n’est pas le cas de Starcrash ; sous-financé et bâclé, le film était une preuve supplémentaire du déclin du cinéma italien, dont l’heure de gloire appartenait déjà au passé.
Conscient, semble-t-il, qu’il n’avait ni les capacités ni les moyens pour jouer dans la cour des grands, Luigi Cozzi misa notamment sur un aspect sexy que Star Wars s’était refusé, et en particulier sur la personne de Caroline Munro, dont la poitrine généreuse fut mise en valeur au maximum. Une sorte de princesse Leia en mode bombasse, sauf que Carrie Fisher (Leia) avait, elle, quelques talents d’actrice. Les talents de Caroline Munro se limitaient pour leur part à un physique de rêve. Mais si splendides que fussent ses appendices mammaires, ils ne sauraient excuser une aussi piètre performance.

Munro avait pourtant trouvé un adversaire de taille dans la course à la médiocrité en la personne de Marjoe Gortner, bien que ce dernier soit, à la vérité, hors compétition. Arborant tout du long un air de demeuré (demeuré où, on ne sait pas trop, mais sans doute dans une galaxie lointaine, très lointaine), souriant comme un benêt dans les pires situations, l’œil aussi pénétrant qu’un trou noir, Akton (c’est le nom de son personnage) a probablement la tête à claques la plus fameuse de l’histoire du cinéma. Un maquillage outrancier et une chevelure moutonnière parachèvent ce chef-d’œuvre de composition. La fin même du personnage de Gortner mériterait même un prix tant il a réussi à n’y faire passer aucune émotion ; à l’article de la mort, il donne tout simplement l’air de s’en foutre encore plus que Munro et David Hasselhoff qui assistent, impuissants, à l’une des plus mauvaises scènes jamais tournées.

Eh oui, David Hasselhoff est de la partie. Comme dans Alerte à Malibu, il est l’homme de la situation, sauf qu’ici il a troqué son maillot de bain pour une combinaison spatiale ridicule. Malgré tout, il est, au final, celui qui s’en sort le mieux (ou le moins mal). Autre célébrité inattendue dans pareille daube : Christopher Plummer en empereur sage et bon qui, assis sur un trône disco (je ne vois pas d’autre mot pour décrire cette œuvre d’art, vous jugerez par vous-même), s’offre un monologue surréaliste et surtout soporifique à souhait, interrompu de silences interminables. Enfin, on ne saurait terminer ce petit tour du casting sans rendre hommage à trois personnages tout aussi inoubliables : Elle, le robot le moins robotique que nous ayons jamais vu ; Thor, un méchant impassible au maquillage plus qu’approximatif et, last but not least, le comte Zarth Arn (Joe Spinell), son bouc fourchu et ses yeux exorbités.

Permettez-moi de passer rapidement sur le scénario, pâle décalque de Star Wars aussi épique qu’une partie de pétanque entre retraités. Pour faire simple, deux saltimbanques des étoiles, fuyant les autorités, sont recrutés par l’empereur (qui pour une fois, faut-il le noter, n’est pas le méchant) pour remplir deux missions : retrouver son David Hasselhoff de fils (qui apparaîtra comme par hasard dans une grotte, alors que tout le monde l’avait déjà oublié) et déjouer les projets du très méchant comte Zarth Arn qui, retranché dans une sorte de main géante en guise de Planète Noire, planche sur une arme de destruction massive. Insipide à souhait. Ajoutez un robot qui fait vaguement penser à C3PO et une tribu d’hommes préhistoriques pour une touche d’exotisme, touillez un peu, laissez mijoter et vous obtiendrez une délicieuse guéguerre des étoiles. Dégustez tant que c’est chaud. Ou pas.

Comment ne pas parler des effets spéciaux ? Même la date de l’œuvre ne peut expliquer une telle débauche d’horreurs visuelles. Dans Starcrash, l’ordinateur central du vaisseau est un cerveau en plastique, les planètes explosent dans une petite gerbe d’étincelles et les engins spatiaux sont en carton avec de petites ampoules multicolores. En un mot : kitchissime. Les décors sont du même acabit : entre les escaliers en caoutchouc, les tableaux de bords ultra bigarrés et les fenêtres gothiques du repaire du comte Zarth Arn, notre émerveillement ne savait plus où donner de la tête.

Quant aux costumes, ils ne peuvent qu’être de seconde main. Comme on l’a déjà dit, tout les efforts se sont concentrés sur les petites tenues de Caroline Munro/Stella Star (nom étrange qui, traduit en français, donnerait quelque chose comme « Etoile Etoile ») et des Amazones qui, rassurez-vous, n’ont pas qu’un sein comme dans la mythologie grecque. Les combinaisons des personnages masculins étaient déjà ringardes à l’époque – elles semblent sorties des années 50. Les soldats impériaux sont seulement distingués des rebelles par la couleur de leur casque, dont la forme rappelle les casques à pointe allemands de la première guerre mondiale. Finissons avec Elle le robot, sur la tête duquel on a retourné une corbeille à papier avant de lui enfoncer un tuyau dans la bouche.

Vous l’aurez compris, je l’espère, à la lecture de cette chronique : Starcrash est une perle rare qui multiplie les fautes de goût avec la meilleure conviction du monde, ce qui la rend éminemment sympathique. Inutile de préciser que la réalisation et la mise en scène ne rattrapent ni les acteurs, ni les effets spéciaux, ni l’histoire à dormir debout ; préparez-vous à voir votre logique malmenée par des transitions intempestives et votre endurance éprouvée par un combat final mortellement ennuyeux que le réalisateur a cru bon de rallonger en utilisant plusieurs fois les mêmes plans, l’objectif étant aussi de faire croire à une multitude de vaisseaux alors que pas plus de cinq maquettes n’ont été construites. En outre, pas besoin d’être un scientifique pour constater que les lois de la physique sont malmenées lorsque des types font irruption dans un vaisseau en passant au travers d’une vitre sans que cela provoque le moindre petit courant d’air.
A condition d’être ne serait-ce qu’un tantinet familier avec le second degré, vous saurez apprécier Starcrash à sa juste valeur : un navet intemporel tellement raté dans les moindres détails, tellement jusqu’au-boutiste dans l’échec qu’il ne pouvait être qu’hilarant. Rassemblez donc quelques amis et laissez la magie opérer. C’est le meilleur conseil que nous puissions vous donner.
Pondération scientifique des rédacteurs
| NOTE 7/10 BAREME DU GORE ![]() TROUILLOMETRE |
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[+] Une Caroline Munro particulièrement mise en valeur [+] Des tenues sexy pour tous les personnages féminins [+] La prestation surréaliste de Christopher Plummer [+] Le bouc fourchu de Joe Spinell [+] Tous les défauts au second degré |
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[-] Pas un acteur pour rattraper l’autre [-] Un robot vraiment pas robotique [-] Des décors en carton pâte [-] Des vaisseaux spatiaux… un peu spéciaux [-] Des répliques très terre-à-terre [-] Les lois de la physique malmenées [-] La tête à claque de Marjoe Gortner [-] Des combats soporifiques et interminables [-] Des transitions aléatoires |




