Straw Dogs

Strawdogs1971, réalisé par Sam Peckinpah
Note : 5/10
Barème du gore :

Trouillomètre :

Vous connaissez la différence entre une daube et un échec ? Straw Dogs, en tant qu’il appartient à la seconde catégorie, est pavé de bonnes intentions. Sam Peckinpah ambitionne en effet de décrire une certaine violence, physique et morale, dans un style on ne peut plus sobre.

Plantons rapidement le décor : David et Amy, jeunes mariés, s’installent dans le village natal de la jeune femme, dans une maison à l’écart du bourg. David est astro-mathématicien et passe le plus clair de son temps à résoudre des équations, au désespoir de sa femme qui ne voit d’autre alternative que d’aller le distraire en pleine division quantique, ce qui a le don de l’agacer. David se méfie des hommes qu’il a engagés pour construire son garage, des gars du village dont l’ex-petit ami d’Amy.

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Cette méfiance instinctive se voit justifiée lorsque David découvre leur chat, mort, se balançant entre deux cintres de la penderie. Or ce n’est que lorsque Amy ouvre l’armoire à son tour qu’une musique effrayante surgit. Le film regorge d’ailleurs d’autres passages intéressants du même genre.

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Straw Dogs est aussi l’occasion de découvrir Dustin Hoffmann tout jeune, sans une ride et déjà excellent. Son rôle de mathématicien un peu rabat-joie et pince-sans-rire est des plus convaincant, et le film repose tout entier sur ses épaules. C’est d’ailleurs le personnage de David qui a la personnalité la plus complexe, sujette à toutes les interprétations. Quelle ne fut d’ailleurs pas ma vexation lorsque j’appris que la mienne était à l’exact opposé de l’explication du réalisateur lui-même. Selon ce dernier, David est en fait le personnage qui incarne véritablement la violence dans le film, le déchaînement final sonnant comme une révélation. Il m’a semblé au contraire que David était le personnage le plus cohérent jusqu’au bout, maîtrisant justement la violence et sachant n’en faire usage qu’en cas d’extrême nécessité, là où les autres, par leur manque de maturité, sont prêts soit à l’employer, soit à y céder.

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Malgré tous ces bons points, le film souffre de pas mal de défauts non négligeables, dont un particulièrement, que tout le monde semble avoir oblitéré : c’est chiant. Pendant les trois quarts du film, il ne se passe à peu près rien, sinon quelques situations dites de « tension psychologique. » On voit où Peckinpah voudrait en venir, mais ça ne prend pas : la mise en scène manque de précision, d’efficacité, de puissance. Quant au caméraman, il faut croire qu’il était endormi ou trop cher pour le budget de la production, car l’ensemble est d’un statisme soporifique.

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La « fameuse » scène du viol est intéressante en ce qu’elle tente de distinguer entre « viol avec consentement » et violence primitive. Véritable pierre angulaire du film, cette scène a du retourner quelques estomacs au moment de la sortie mais ne fait plus grand effet aujourd’hui. Quant au siège de la maison familiale par une bande d’ivrognes, il apparaît comme anecdotique, là où on devrait voir une sorte d’apothéose. La fin est du même acabit, laissant le spectateur sur sa faim.

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Straw Dogs est une œuvre qui ne s’est pas donné les moyens de ses ambitions. La tension dramatique ne décolle pas vraiment et l’on attend vainement quelque éclat. Peut-être est-ce un parti pris du réalisateur que cette mise en scène crue. Toujours est-il que cela ne fonctionne guère. Le film vaut néanmoins le coup d’œil pour la prestation de Dustin Hoffmann et la complexité du personnage de David.