1977, réalisé par Dario Argento
Note : 9/10
Barème du gore :
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Trouillomètre :
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L’horreur naît de l’étrange. Les cris n’ont sont que les symptômes ; à l’origine, il y a quelques susurrements… Retour sur le presque mythique premier volet de la « trilogie des mères » (avant Inferno en 1980 et La Terza Madre en 2007), du non moins légendaire Dario Argento, en attendant son nouveau film, Giallo, présenté lors du Festival du Film Fantastique de Bruxelles 2010.
Dès les premières secondes, on est plongé sans préavis dans un onirisme inquiétant. L’héroïne, Suzy Bannion (Jessica Harper), vient d’atterrir en Allemagne pour intégrer une prestigieuse école de danse. Il ne s’est encore rien passé, mais déjà le spectateur est pris aux tripes : Suzy avance dans un aéroport vide, tandis que semble résonner dans sa tête la musique glaçante composée par Argento et le groupe des Goblins. Dans le taxi, Suzy voit la pluie s’écraser sur les vitres tandis que des lumières multicolores, irréelles, jaillissent d’on ne sait où. Le premier contact s’avère, lui aussi, angoissant : au parlophone de l’école, on lui conseille de déguerpir ; une jeune femme visiblement terrifiée et complètement déboussolée déboule devant elle avant de se perdre dans les bois. Un meurtre va bientôt avoir lieu…

Pour une entrée en matière, c’est une entrée en matière ! Décors surréalistes, couleurs bien trop vives pour ne pas être inquiétantes, musique puissante et, en climax, une mort spectaculaire : Argento joue allègrement avec l’entendement du spectateur en se plaçant sur le fil du réel et du fantastique. En témoignent les ambiances lumineuses, qui n’ont aucune espèce de réalité tangible mais tendent plutôt à souligner un état psychologique ou un moment dramatique. De ce point de vue, Argento ne pouvait pas être mieux dans son époque. Une époque où « avoir peur » rimait moins avec effet de surprise qu’avec étrangeté.

Ne vous attendez donc pas à faire des bonds dans votre siège, mais bien plutôt à vous retrouver immergé dans une ambiance malsaine et baroque. Un travail immense a d’ailleurs été effectué sur les décors et la mise en scène, à tel point qu’il est souvent impossible de distinguer un décor fabriqué d’un réel. Argento n’hésite pas non plus à jouer sur les contrastes : à un environnement tortueux et oppressant est substitué, pour une scène, une immense place vide entourée de bâtiments à l’architecture classique, qui semblent émerger des ténèbres. Un aveugle se retrouve, seul avec son chien, au milieu de ce grand espace silencieux. De quoi dormir avec la lumière allumée.

Cette poésie macabre n’empêche cependant pas quelques passages bien gores, d’autant plus marquants qu’ils sont rares et théâtraux. Mais c’est surtout la succession d’événements mystérieux et l’enquête presque instinctive de Suzy qui tient le spectateur en haleine. Manipulée, la jeune femme réalise progressivement que le Mal est en action au sein de l’école, jusqu’à se rendre à l’évidence… Avec Suspiria, Argento réactualisait, avec génie, le mythe de la sorcière. Une intrigue moderne donc, mais aux racines profondes.

Au chapitre des bémols, on notera quelques longueurs, des raccords parfois déconcertants ainsi qu’une correspondance image-son parfois un peu bancale, en dépit de la bande-son géniale. Ce sont plutôt les dialogues qui sonnent bizarrement, pour la simple raison que le film a été en grande partie doublée après le tournage, durant lequel il arriva que l’on tournât certaines scènes sans même enregistrer le son. Des dialogues qui paraîtront enfantins aux yeux de certains, mais il y a là aussi une explication fort simple : les danseuses devaient, dans le script original, avoir 12 ans environ. Sous la menace d’une censure, l’âge des jeunes femmes a été augmenté à 20 ans.

Effrayant et beau à la fois, Suspiria mérite bien son statut de classique. L’inspiration de la réalisation fait oublier ses quelques imperfections, et son ambiance unique est une référence du genre.
