[Critique] The Rite

Dix ans après Hannibal, Anthony Hopkins revient en Italie, non plus en incarnation du Mal, mais en soldat des forces du Bien.

Année de production : 2011
Pays : Etats-Unis
Durée : 1h54 

Réalisé par Mikael Håfström
Ecrit par Michael Petroni, Matt Baglio (livre)
Avec Anthony Hopkins, Colin O’Donoghue, Alice Braga, Ciarán Hinds, Toby Jones
Budget : 37 millions de dollars environ
Titres : The Rite (international) ; Le Rite (France)



Le courant des films d’exorcisme, qui constitue presque un genre à part entière, avec ses règles et ses codes propres, n’est certes pas aussi foisonnant que, par exemple, la déferlante des films de super-héros qui a envahi les grands écrans depuis le début des années 2000. Mais si l’on prend la peine de relever les possessions démoniaques dans la production cinématographique des dix dernières années, on se rendra compte que le genre a, lui aussi, connu un regain de vitalité, après une absence presque totale durant les années 90. On peut ainsi évoquer l’Exorciste : au commencement (2004), L’Exorcisme d’Emily Rose (2005) ou encore Le dernier exorcisme (2010), pour ne citer que les films se concentrant sur l’exorcisme proprement dit.

A l’origine de ce courant, il y a bien sûr L’Exorciste, qu’on ne présente plus. Le chef-d’œuvre de William Friedkin contenait déjà tous les éléments qui allaient devenir récurrents, pour ne pas dire traditionnels : âme jeune et innocente possédée par le Diable, prêtre aux méthodes parfois peu orthodoxes, combat du Bien contre le Mal et remise en question de la foi. Dans L’Exorciste, Regan, possédée, devenait hideuse et, devenant la bouche du Malin, proférait des insultes d’une rare violence. The Rite reprend tout cela ; c’est dire si le film se place dans une certaine tradition du genre. Cependant, il prend un angle plutôt neuf en choisissant de confronter non pas Dieu et le Diable, mais la foi et l’athéisme, ou plutôt le scepticisme.

Michael Kovak a beau être en dernière année de séminaire et sur le point d’être ordonné prêtre, il rechigne à entamer une carrière ecclésiastique, pour la bonne et simple raison que la Foi, pense-t-il, lui fait défaut. Mais alors qu’il fait part de sa démission au père Matthew, celui-ci, loin de se résoudre à lâcher le gosse, lui propose un petit séjour à Rome ; on y forme depuis quelques temps des exorcistes pour faire face à la multiplication des cas de possession. Kovak accepte, persuadé que tous ces cas relèvent de la seule psychiatrie ; armé de sa raison et de sa logique, il part pour l’Italie avec la certitude que son scepticisme en sortira confirmé. Commence alors pour Michael un réel parcours initiatique aux côtés du père Lucas, sorte d’ermite désabusé qui a fait de l’exorcisme sa spécialité.

Si on a souligné les ressemblances de The Rite avec L’Exorciste, il y a cependant une différence qui a toute son importance : il n’y a aucun élément purement fantastique, comme par exemple des meubles qui entrent en lévitation ou des dévissages de têtes à 360 degrés. Tous ce qui relève de l’imaginaire dans The Rite est clairement identifié comme des visions des protagonistes. Restent quelques détails troublants, comme lorsqu’une jeune femme possédée crache des clous. Mais on est là encore à la frontière avec le fantastique. D’ailleurs, Kovak, bien qu’un peu chamboulé, avance, comme chaque fois, une explication relativement plausible. C’est que le film veut laisser le spectateur s’identifier à Kovak, dont les raisonnements sont (d’après moi en tout cas) parfaitement sains. Il l’y encourage même, pour mieux faire naître le doute progressivement.

Si The Rite a ainsi le mérite de nous faire nous interroger sur l’essence même de la Foi et sur le doute qui peut assaillir ceux qui croient, il échoue en partie dans son entreprise en prenant trop clairement parti sur la fin. En fait, le film ressemble presque à une œuvre de prédication, comme lorsque les premiers chrétiens étudiaient les œuvres classiques pour retourner les propres raisonnements des païens contre eux : Michael Kovak a certes une morale impeccable et des arguments implacables, mais il est dans l’erreur. En faisant abstraction de cette ostensible prise de position, on peut néanmoins se poser de vraies questions comme de savoir si la raison est suffisante pour tout expliquer ou pour surmonter tous les problèmes. Mais cela, il faut le faire presque à contre-courant du film qui tente, maladroitement, de nous présenter la preuve par A+B que la Foi, c’est mieux, et avec un CQFD à la fin s’il vous plaît. Un procès qu’on ne pourrait cependant pas se permettre de faire au réalisateur lui-même… dans le doute.

Malgré tout, The Rite se laisse regarder avec un certain plaisir pour quiconque aime un tant soit peu les histoires de ce genre. Anthony Hopkins est impayable en prêtre expéditif et brut de décoffrage, appliquant tout ce qu’il a de classe et de nonchalance à ce rôle certes anecdotique au regard de sa carrière, mais réussi. Le jeune Colin O’Donoghue, dont c’est le premier vrai rôle sur grand écran, est épatant dans une composition toute en retenue et en justesse qui ne manque pourtant pas d’intensité. Prometteur. Alice Braga est elle aussi excellente bien que son personnage ne soit, hélas, qu’un faire-valoir sans grand intérêt. Bref, un casting frais et éminemment sympathique.

La mise en scène fait quant à elle de son mieux pour renforcer le caractère oppressant des événements, presque un huit-clos à l’échelle de Rome tant les rues semblent sombres, froides et désertes. On se croirait parfois presque à une époque antique, oubliée de la ville… à quelques exceptions – dommageables – près. Le charme est ainsi malheureusement rompu lorsqu’on découvre que le Vatican cache des salles de conférence futuristes (réelles ou pas, peu importe) avec écran tactile pour contrôler son Power Point de présentation ou quand la maison du père Lucas ressemble un peu trop à un décor de Disneyland.

On regrettera également quelques « grosses ficelles » dramatiques qui, loin de nous émouvoir, nous ont fait légèrement hausser les sourcils. Ce n’est d’ailleurs pas tant l’insistance sur l’enfance bizarre de Michael (il a vu le cadavre de sa mère préparé par son père, dont c’était le métier) que l’agaçante régularité des flashbacks qui nous a dérangé. Mikaël Hafstrom aurait vraiment pu se passer de telles facilités, d’autant que le résultat est que ces souvenirs d’enfance apparaissent non comme des explications, mais comme des justifications aux doutes que conçoit Michael par rapport à sa Foi en Dieu. Et la nuance est de taille.

The Rite était très attendu, ce qui lui a sans doute valu cette virulence de la part des critiques, qui en espéraient davantage. Certes, le film n’est pas un chef-d’œuvre, loin s’en faut. Mais ce n’est pas non plus un mauvais film. C’est probablement son hésitation un peu trop marquée entre réalisme et fantastique qui empêche The Rite de réellement décoller. Néanmoins son ambiance particulière et sa jolie palette de personnages vous feront oublier ses quelques maladresses. Une sorte de série B haut de gamme que les amateurs sauront apprécier.

Pondération scientifique des rédacteurs

NOTE
6/10

BAREME DU GORE


TROUILLOMETRE
[+] Une belle brochette d’acteurs
[+] Une ambiance italienne aussi dépaysante qu’oppressante
[+] Tous les éléments traditionnels du genre sont là
[+] Une réflexion intéressante…
[-] …plombée par une prise de position trop tranchée
[-] Une Alice Braga trop secondaire
[-] Un manque d’enjeu certain
[-] Quelques ficelles dramatiques un peu trop grosses
[-] Une scène finale un peu longue