2009, réalisé par Nicolas Winding Refn
Note : 3/10
Barème du gore :

Trouillomètre :

Nicolas Winding Refn est le genre de réalisateur qui accepte difficilement les compromis. Après Bronson, le Danois surprend à nouveau son public (et les autres) avec une oeuvre contemplative.
Les premières minutes laissent augurer un film dur et puissant : le combat inégal et à mains nues de One-Eye le borgne (Mads Mikkelsen) contre deux autres guerriers opère son tri parmi les spectateurs. Quand One-Eye démolit le crâne de son opposant à coups de pierre, rien ne nous est caché ; ceux qui ne supportent pas la vue du sang s’encourent une main devant la bouche. Les autres restent, s’attendent à un film de guerriers dans un environnement médiéval bien viril. Et ils seront déçus…

One-Eye se libère de la servitude qu’il endurait depuis longtemps et s’enfuit, suivi de son ex-geôlier, un petit garçon blond. Ce dernier lui servira d’interprète, puisque One-Eye ne parle pas. L’enfant parle à sa place. Ils tombent sur un groupe de chrétiens qui les engagent pour les aider à conquérir la Terre Sainte. Mais loin d’arriver au Proche-Orient, la compagnie accostera en Amérique, après une errance interminable dans le brouillard. Très vite les soupçons s’abattent sur One-Eye. On l’accuse de les avoir conduit tout droit aux enfers. De temps en temps, des flèches indiennes percent l’air et s’abattent sur quelques hommes, les réduisant progressivement à peau de chagrin.

Certains parmi les chrétiens, malgré leur méfiance à l’égard de One-Eye, persistent à le suivre. Mais à la vérité, il semble que le guerrier silencieux ne sache pas lui-même où il va, perdu au milieu de ces paysages tous plus magnifiques les uns que les autres. Car il faut reconnaître au moins une chose à Valhalla Rising : les décors, pour la plupart naturels, sont sublimes, de la rivière perdue dans la forêt aux montagnes d’Écosse. Le film a une tendance à la contemplation, et la plupart des images sont des plans fixes minutieusement étudiés, certes éminemment suggestifs mais qui, en l’absence presque totale de dialogues et de rythme narratif, provoquent l’impatience, le désarroi, et enfin l’ennui.

L’intention était pourtant louable, mais chez Empty Orbit, on a développé un scepticisme presque naturel à l’égard de ce genre de films, qui derrière un prétendu talent cachent souvent un certain snobisme intellectuel. On croit pourtant Refn sincère, mais force est de constater qu’ici, il est allé trop loin. L’ensemble fait penser à un album photo assorti d’une musique discrète, avec de temps en temps quelques fulgurances psychédéliques rouge sang. La trop grande inertie est soporifique et la réflexion (notamment sur l’antagonisme entre monothéisme et polythéisme) bien trop obscure pour que le spectateur se sente réellement invité à y plonger. Cette errance orphique est sauvée par les décors somptueux, quand il y en a (la très longue scène sur le bateau encerclé de brume est un supplice).

Valhalla Rising est une œuvre sans concessions mais bien trop extrême, qui laisse ses spectateurs sur le carreau. Nul doute que certains le placeront au rang de chef-d’œuvre, soit par pédantisme, soit par réel goût pour ce genre de torpeur contemplative.
N.B : si vous êtes en quête d’ésotérisme et d’onirisme horrifique, on ne peut que vous conseiller un de nos plus grands coups de cœur, Sauna, qui lui, s’est vu ajouter un vrai propos narratif à sa succession de plans superbes.