Défense d’afficher #2 – The Evil Dead


Affiche américaine pour The Evil Dead (1981), de Sam Raimi. 104 x 69 cm.
Cliquez sur l’affiche pour voir l’affiche et son commentaire en « mode cinéma » !

Cette affiche de The Evil Dead, de loin la plus réussie, est une version remaniée d’une photo promotionnelle. Cette scène n’apparaît donc pas dans le film, pas plus d’ailleurs que Bridget Hoffman, qui n’a fait que poser pour la photo, sur laquelle la jeune femme se fait happer par une main maléfique sortie de terre. Il est donc ici intéressant de comparer l’affiche peinte et son modèle.

The Evil Dead

Les éléments principaux ont été conservés tandis que le décor, déjà assez minimaliste, a encore été épuré. La croix en bois est ainsi effacée, peut-être pour éviter toute connotation religieuse. Ne restent donc que de la terre, la fille, la main qui sort de terre pour lui agripper le cou et un fond bleu. Un bleu très profond qui, tout en ayant une grande puissance graphique, évoque sans ambiguïté la nuit, les ténèbres, les limbes. Même s’il n’est pas tout à fait uniforme et présente un aspect un peu brumeux, il n’est pas si éloigné du fameux IKB (International Klein Blue) mis au point par Yves Klein. Le sol mou, presque cotonneux de l’image originale laisse ici la place à une terre dure, dense, froide et sèche. La main sort véritablement du sol, alors que dans la photo (voir ci-dessous), elle semble apparaître derrière celui-ci. Elle est par ailleurs maintenant dans un état de décomposition avancée. L’artiste en a également profité pour donner un aspect plus sale et plus dramatique à l’ensemble en ajoutant quelques détails comme la blouse déchirée, la bretelle qui tombe, le sang aux commissures des lèvres ou la terre sur la paume de la main.

Mais outre ce bleu qui fait toute la force visuelle de l’affiche, l’aspect le plus important de la composition est sans aucun doute le basculement vers la gauche de l’axe principal suivant un angle d’environ 30°. Même le titre, très stylisé, s’aligne sur cet axe. Remarquons d’ailleurs que ce titre affiche une couleur sobre ; il se détache très nettement sur la couleur sombre du sol sans entrer en concurrence avec le bleu de la partie supérieure. La citation de Stephen King est aussi mise en valeur par ce fond bleu et est disposée selon un axe perpendiculaire à l’axe principal, lequel est composé du bras de la fille, du bras décomposé et du titre.

On voit donc que l’artiste ne s’est pas contenté de passer du format horizontal de la photo à celui, vertical, de l’affiche. Bien plus, il fait basculer l’axe principal de la composition, créant ainsi une certaine dynamique mais aussi une dissymétrie, un malaise qui n’est pas sans rappeler le procédé qui consiste à filmer les scènes avec la caméra de biais pour accentuer le caractère étrange, effrayant ou malsain d’une scène. L’affiche renvoie, de ce point de vue, directement au 7e art. Mais en ce qui concerne la couleur, elle fait honneur à l’art pictural. L’affiche fut récupérée et remaniée à plusieurs reprises, notamment pour les jaquettes de cassettes ou de DVD, mais jamais ne fut conservée la puissance de cette grande plage bleue, qu’elle fût remplacée par du rouge, comme pour le DVD de l’édition de TF1, ou que le titre ait pris le dessus comme pour « l’édition ultime » de 2007. C’est ce qu’on appelle « l’horror vacui », la peur du vide. Ce « vide » de l’affiche originale participait, sans aucun doute, au côté terrifiant de la scène.