The Mist

themist2007, réalisé par Frank Darabont
Note : 7/10
Barème du gore :
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Trouillomètre :
trouillometre2

Le brouillard, quand on est gosse, c’est « trop cool » ; on s’imagine qu’on est perdus, que c’est la fin du monde pour quelques heures et que les phares des autres voitures sont des vaisseaux extraterrestres. Le brouillard de Stephen King n’est, lui, pas cool du tout. Il est même plutôt mortel.

C’est ce qu’apprend à ses dépens le petit Billy, réfugié avec son père et quelques dizaines d’habitants de la ville dans un supermarché, lorsqu’au travers de la vitre du magasin, il voit revenir la moitié du corps du type qui a voulu jouer au plus malin avec le Brouillard. Un brouillard pour le moins épais, qui stimule notre inconscient et repeuple notre imaginaire de créatures cauchemardesques oubliées depuis la fin de l’enfance. Du fantastique freudien, oserait-on dire avec pédantisme. A vrai dire, du Stephen King tout craché.

En l’occurrence, ce brouillard-là « produit » véritablement des monstres insectoïdes et/ou tentaculaires, pas particulièrement haineux envers le genre humain, mais plutôt agressifs et assez bien munis pour, d’un revers de griffe, réduire en hachis tous les habitants de cette petite ville du Maine. Nul ne sait d’où viennent cette brume et ses créatures (rassurez-vous, on l’apprend bien assez tôt), mais quelques esprits rusés devinent que les militaires n’y sont pas pour rien.

Les trois quarts du film se déroulent dans le supermarché sous forme de huis clos tendu, où l’on découvre les plus vils travers de la nature humaine. Car pendant qu’une petite bande de vaillants organise la défense tant bien que mal (des sacs de croquettes pour chien en guise de barricade, on a déjà vu mieux dans l’histoire de l’art militaire), une exaltée brillamment campée par Marcia Gay Harden prêche la fin du monde et annonce le Jugement dernier, rassemblant de nouveaux adeptes heure après heure. Du genre qu’on a envie de faire taire avec le premier objet qu’on trouve. Du reste, certains ne se priveront pas. Pendant ce temps, des gens se font happer et dévorer par les monstres, d’autres se suicident, s’engueulent, s’entraident et s’entretuent. Car dans les situations désespérées, le premier prétendu coupable à être désigné est bon pour l’immolation…

D’aucuns prétendent que le héros du film est David Drayton (Thomas Jane), le père de Billy, artiste peintre plutôt beau gosse, dégourdi, paternel, intelligent et épris de justice, en un mot le type parfait, sans aspérités, attachant mais pas intéressant pour deux sous. Selon moi, le véritable héros, c’est Ollie (Toby Jones), petit épicier discret aux ressources insoupçonnées. Sous ses airs de bonhomme sympathique et serviable se cachent un meneur sans gloriole, un compère idéal, le sauveur des situations désespérées (toujours là quand on ne l’attend pas) et, surtout, un tireur hors pair. Champion de tir de l’Etat en 1994, il fait mouche à chaque fois, la grande classe.

The Mist restitue bien l’univers fantastique étrange de Stephen King, tout en restant assez sobre dans sa réalisation. S’il accuse quelques longueurs et n’en impose pas par ses effets spéciaux, il tient en haleine le spectateur qui brûle autant de connaître la nature du brouillard et des créatures que le dénouement des affrontements humains au sein même du magasin. Le discours religieux rétrograde incarné par la fondamentaliste délirante se révèle progressivement être l’un des thèmes centraux du film, parfois un peu trop. Cela dit, le balancement entre fantastique et conflit d’intérêts est maîtrisé avec talent, et le film est dans son ensemble très convaincant. La fin, relativement surprenante, cruelle, évite avec bonheur (si l’on peut dire…) un énième happy end fumeux.